Il faut bien rentrer.

Sur le chemin du retour vers Calgary, découverte d’un autre visage de la Colombie-Britannique : l’Okanagan autour de Kelowna, puis Revelstoke entre montagnes, histoire ferroviaire et quelques étapes inattendues.

Après avoir atteint Vancouver et le Pacifique, nous reprenons cette fois la direction de Calgary. Mais plutôt que de refaire le chemin en sens inverse, notre itinéraire nous emmène plus au sud de la Colombie-Britannique, avec deux nouvelles étapes : Kelowna et Revelstoke.

Et le changement est assez immédiat.

Vers Kelowna : une autre Colombie-Britannique

La route vers Kelowna est beaucoup plus facile que certaines de celles empruntées quelques jours auparavant. Une belle autoroute, agréable à conduire, avec de très beaux panoramas. Nous traversons aussi plusieurs zones en travaux. La route est en cours d’élargissement par endroits, rappel assez concret de l’évolution de cette partie de la province.

Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est ce qui apparaît autour de nous déjà depuis quelques temps: l’agriculture.

Nous entrons dans la vallée de l’Okanagan. On voit des vergers, des cultures, des vignobles et, au bord des routes, des producteurs qui proposent notamment des pêches et des cerises. Après les forêts, les montagnes et les paysages parfois extrêmement secs rencontrés ailleurs en Colombie-Britannique, voici encore un autre visage de la province.

Kelowna, entre lac, vergers et fumée

À Kelowna, difficile d’ignorer le lac Okanagan. Il est imposant et donne par endroits à la ville une atmosphère presque balnéaire : bateaux, marina, restaurants au bord de l’eau… En traversant le grand pont qui enjambe le lac, j’ai même eu une drôle d’impression de Floride, avec quelque chose qui m’évoquait les Keys. Évidemment, avec le relief de Colombie-Britannique autour, l’illusion a ses limites. 😅

Mais cela donne à Kelowna une identité assez particulière. Le climat de l’Okanagan participe grandement à son attractivité et explique aussi cette agriculture très présente autour de la ville. A noter que lors de notre passage, il y avait un élément impossible à ignorer : les incendies et les fumées qu’ils répandent sur des centaines de kilomètres à la ronde.

La fumée était suffisamment présente pour modifier complètement le paysage et l’expérience durant notre séjour. Sur certaines de mes photos, le ciel est presque orange-beige, les montagnes disparaissent dans la brume et même le lac semble recouvert d’un voile. J’ai d’ailleurs hésité à passer l’une de ces photos en noir et blanc avant de finalement la conserver telle quelle.

Parce que cette couleur étrange faisait elle aussi partie du voyage et de ce que vous pouvez rencontrer l’été lors d’un passage dans cette région.

Des kangourous. Oui, à Kelowna.

Parmi nos visites, il y en a une que je n’aurais certainement pas spontanément associée à la Colombie-Britannique : une ferme aux kangourous. On y croise également des lapins, des émeus, des capybaras et plusieurs autres animaux. Mais évidemment, les kangourous restent les vedettes : ils peuvent être approchés et nourris. Avec des enfants, le succès est assez facile à prédire. 😁

C’est aussi un genre d’activité un peu improbable durant un road trip. On part pour découvrir les grands paysages de l’Ouest canadien et, quelque part au milieu de tout ça, on se retrouve à quelques centimètres d’un kangourou. Pourquoi pas.

SOMA Cidery : au milieu des vergers

Pour retrouver quelque chose de beaucoup plus caractéristique de l’Okanagan, direction ensuite SOMA Craft Cidery (une cidrerie artisanale). Le lieu est installé au milieu des vergers et permet de profiter directement de cette dimension agricole de la région. On peut y manger et évidemment découvrir leurs cidres et autres produits.

C’est probablement ce que j’ai trouvé le plus intéressant autour de Kelowna : sortir de la ville permet de comprendre très rapidement la vallée. Les vergers et les vignobles font partie du paysage, de l’économie et de ce que l’on vient chercher dans l’Okanagan.

Davison Orchards : le piège à gourmands

Autre arrêt possible dans le secteur: Davison Orchards. On y trouve des fruits et légumes, bien sûr, mais pas seulement. Les rayons débordent de produits transformés sur place, sauces, confiseries, objets pour la maison, bougies, tabliers et cadeaux en tout genre. En somme, un endroit dans lequel on peut très facilement passer plus de temps que prévu.

Et puisqu’il fallait bien se sacrifier pour les besoins de l’enquête 😁 : scone aux myrtilles et London Fog au sirop d’érable pour moi. Tintin reporter ne recule devant rien.

Sur la route de Revelstoke : Three Valley Gap

En poursuivant vers Revelstoke, nous faisons un arrêt à The Enchanted Forest, Une forêt aménagée avec des décors et des personnages issus de contes et de comptines pour enfants. Enter donjon, dragon et grand méchant loup, les plus jeunes vont aimer.

Puis plus loin, on tombe sur Three Valley Gap. Le lieu est difficile à rater. Au bord du lac et entouré de montagnes, le complexe comprend notamment un hôtel, un restaurant et une attraction autour d’une ancienne ville fantôme. Sur le papier, cela aurait parfaitement pu être le genre de curiosité de bord de route qui m’intéresse.

Sauf que là non. Je ne saurais toujours pas très bien expliquer pourquoi, mais je ne me suis pas sentie à l’aise dans cet endroit. Quelque chose dans l’ambiance m’a déplu au point que je n’avais pas envie que nous y mangions ou que nous nous y attardions.

Ce n’est pas une critique objective du lieu. C’est vraiment une sensation personnelle. Mais puisqu’un road trip est aussi fait de ça, je la garde : parfois on s’arrête quelque part, on regarde… et on décide que finalement, on préfère continuer. Direction Revelstoke.

Revelstoke : deux villes en une

Revelstoke m’a donné une impression assez différente. Son centre-ville conserve quelque chose de plus ancien, presque historique, avec ses petites rues, ses commerces indépendants, une librairie — toujours une information dangereuse en ce qui me concerne, car cela me demande un grand contrôle pour ne rien acheter— et même une boulangerie française.

Mais dès qu’on s’éloigne un peu, on voit aussi une autre Revelstoke. La ville s’étend, de nouveaux quartiers apparaissent et la station de ski apporte une dimension beaucoup plus moderne. On sent une destination de montagne en développement, avec presque deux visages : la petite ville historique et la station contemporaine qui grandit autour d’elle. Notre hébergement était lui aussi assez révélateur de l’endroit : installé au bord de la rivière, avec la forêt juste en face. Très paisible.

Avec toutefois un petit rappel à l’entrée :

« You are in bear country. » Ah. D’accord, il ne s’agirait pas de l’oublier. 🐻

Le Revelstoke Railway Museum : raconter l’Ouest par le train

La visite qui m’a le plus marquée à Revelstoke est sans doute celle du Revelstoke Railway Museum. C’est un petit musée, assez ancien, sans prétention. On peut évidemment y voir d’impressionnantes locomotives et découvrir l’histoire du chemin de fer. Mais ce que j’ai particulièrement aimé, c’est ce que le musée permet de comprendre au-delà des machines.

Le train a joué un rôle immense dans le développement et le peuplement de l’Ouest canadien. À Revelstoke, cette histoire devient beaucoup plus concrète. Et elle permet aussi de découvrir des récits moins connus. Notamment celui des porteurs noirs des chemins de fer canadiens. Ces hommes travaillaient à bord des trains dans des conditions difficiles et dans un contexte de discrimination raciale. L’un des détails qui m’a le plus marquée est cette habitude de les appeler indistinctement « George », quel que soit leur véritable prénom.

Le musée évoque également les voyages royaux en train, notamment ceux d’Elizabeth II. On passe ainsi des énormes locomotives à l’histoire sociale du chemin de fer, puis aux trains royaux. Et finalement, c’est peut-être cela que j’ai préféré dans cette visite : le train devient une porte d’entrée pour raconter bien davantage que le rail.

La route reprend

Revelstoke était notre dernière véritable étape avant le retour vers Calgary. Et ces deux derniers arrêts auront offert une conclusion assez différente au voyage, moins spectaculaire peut-être que certaines étapes précédentes, mais avec encore de nouvelles facettes de la Colombie-Britannique. Puis il reste simplement à reprendre la route.

Cette fois, les panneaux indiquent de nouveau une destination familière.

Calgary.

La boucle est bouclée. 🚗🏔️

Whistler côté été : un coup de coeur évident

Deux jours à Whistler pour découvrir une station qui sait parfaitement vivre sans la neige : nature, culture, bonnes adresses et cet art de vivre qui en a fait l’un de nos coups de cœur en Colombie-Britannique.

Après plusieurs jours de road trip et une étape entre Kamloops (Lillooet) et Whistler qui aura été assez exigeante, nous étions contents d’arriver. Et moi encore plus après le tronçon sur la Sea to Sky Highway! Whistler a été une récompense à la hauteur. Nous y sommes restés deux jours, soit assez de temps pour poser les valises, ralentir et découvrir une destination qu’il est facile d’aimer.

Parce que tout simplement Whistler est une belle destination. Très belle même. Elle est aussi très bien aménagée, agréable à parcourir à pieds et dotée d’un niveau de service qui participe énormément à l’expérience.

Soyons clairs cependant : Whistler est une station de montagne haut de gamme. Et il n’y a pas d’équivoque là dessus.

Un petit air de Chamonix… mais pas tout à fait

Pour donner un point de comparaison aux lecteurs français, Whistler peut, par certains aspects, évoquer Chamonix : une station de montagne connue internationalement, de grandes infrastructures sportives, une clientèle touristique et un niveau de gamme élevé. Mais la comparaison s’arrête assez vite.

Whistler nous a paru plus étendue, plus ouverte et organisée autour d’un véritable art de vivre en montagne. Le luxe est incontestablement là — le prix des hébergements et de l’immobilier se charge rapidement de vous le rappeler — mais il n’est pas particulièrement ostentatoire. Il se trouve plutôt dans le cadre, la qualité des aménagements, les services et cette impression que tout a été pensé pour rendre le séjour agréable.

Et après plusieurs jours sur la route, parfois dans des situations un peu aventureuses, nous avons eu pendant deux jours une véritable sensation de slow life en vacances. Marcher. Prendre un café. Flâner dans les magasins. Regarder les gens passer avec leur chien. Aller au lac. Dîner. Entrer dans une boutique. Ne pas regarder constamment l’heure.

Bref : ralentir.

Whistler Village : tout est là

Le cœur de Whistler est particulièrement agréable à parcourir à pied. On y trouve évidemment les commerces et restaurants que l’on attend d’une grande destination touristique, mais aussi un bureau de poste (belle occasion d’envoyer des cartes à ses proches, avec le tampon de Whistler), de quoi faire ses courses, des espaces pour les enfants, des pubs et de nombreuses (petites) boutiques.

Et c’est justement dans ces commerces indépendants que nous avons le mieux perçu cet art de vivre : décoration, objets artisanaux, tricots pour la maison, plaids, cosmétiques ou produits fabriqués localement…

Même commander un café peut devenir une expérience. 😅

Certains établissements prennent littéralement leur temps : préparation minutieuse, présentation travaillée, décor particulièrement soigné. Vous n’êtes pas forcément venu uniquement chercher votre dose de caféine ; vous êtes aussi venu passer un moment. Et tomber amoureux, des London Fogs en ce qui me concerne.

Côté restauration dans le Village, en revanche, nous avons trouvé certaines adresses un peu plus « attrape-touristes ». Rien de très surprenant pour une destination de cette importance : il faut simplement accepter de chercher un peu si l’on veut autre chose que l’offre la plus évidente.

🚗 Un mot sur le stationnement: Whistler est très bien aménagée, mais se garer à proximité de certains sites n’est pas toujours évident, surtout lorsqu’il y a du monde. Avant de partir vers un lac ou une activité, vérifiez les possibilités de stationnement plutôt que de présumer que vous pourrez vous garer juste devant.

Une station de ski qui a parfaitement compris l’été

Whistler est évidemment mondialement connue pour les sports d’hiver et a accueilli une partie des épreuves des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver en 2010.

Les anneaux olympiques sont d’ailleurs toujours là. Mais ce qui nous a surtout frappés, c’est la manière dont la station exploite ses infrastructures une fois la neige disparue. L’été ne donne absolument pas l’impression d’être une saison d’attente avant le retour des skieurs.

Whistler devient notamment un immense terrain de jeu pour le VTT. Les cyclistes embarquent avec leurs vélos depuis le centre de la station, dans les cabines téléphériques (gondolas), gagnent les hauteurs puis redescendent par les pistes aménagées sur la montagne.

Ajoutez les randonnées, les lacs, le paddle, la baignade et toutes les activités de plein air : Whistler a réussi à devenir une véritable destination quatre saisons.

Et les paysages restent évidemment au rendez-vous.

L’Audain Art Museum : un vaisseau dédié à l’art au milieu des arbres

Whistler ne se résume heureusement pas au sport et aux activités de montagne. Nous avons visité l’Audain Art Museum. C’est un lieu remarquable à commencer par son architecture. Le bâtiment contemporain semble être installé au milieu de la végétation sans chercher à la dominer. Le bois apporte de la chaleur tandis que de grandes surfaces vitrées maintiennent une ouverture permanent vers l’extérieur.

À certains endroits, on a presque l’impression d’être dans une capsule posée au milieu de la forêt. La collection permet notamment de découvrir des œuvres autochtones qui dialoguent avec d’autres périodes et formes de création, jusqu’à l’art contemporain. C’est finalement un musée que l’on apprécie autant pour ce qu’il contient que pour la manière dont il a été pensé : le bâtiment, les œuvres et la forêt participent ensemble à l’expérience.

Au bord de Nita Lake

Pour découvrir un autre visage de Whistler, il faut également s’éloigner un peu du Village et rejoindre le lac. Nous avons notamment beaucoup apprécié le secteur de Nita Lake. L’été, on y nage, fait du paddle ou profite simplement du bord de l’eau, entouré par la forêt et les montagnes. Difficile de faire beaucoup plus agréable.

Nous sommes revenus dans ce secteur pour dîner au Nita Lake Lodge, un très bel hôtel installé au bord du lac. Le cadre est superbe, la décoration soignée, l’accueil excellent et l’assiette à la hauteur. C’est exactement le genre d’endroit qui résume assez bien ce que Whistler sait faire : proposer une expérience haut de gamme sans nécessairement tomber dans le luxe tapageur.

Et une petite scène nous a permis de mesurer jusqu’où peut aller ce niveau de service. À l’entrée du Lodge, nous avons discuté avec un fromager français. Il venait de préparer un plateau de fromages destiné à une réception privée organisée ailleurs. Pour venir récupérer le plateau ?

Un voiturier avait été envoyé.

Voilà. Nous sommes à Whistler. 😅 Le luxe est parfois une suite présidentielle et du champagne. Ici, il peut aussi prendre la forme d’un voiturier spécialement mandaté pour récupérer votre plateau de fromages.

Une destination très facile à aimer

Au bout de ces deux jours, Whistler aura été l’un de nos véritables coups de cœur du voyage. Un de ses moments phares. Il y a bien sûr des contreparties. La destination est chère, très touristique et certaines choses nécessitent un peu d’organisation, notamment le stationnement. Mais nous avons surtout retenu la qualité de vie que la station parvient à mettre en scène.

On peut commencer la journée dans un café, partir marcher, visiter un musée, regarder les VVTistes dévaler la montagne, se baigner ou faire du paddle dans un lac puis terminer autour d’une bonne table. Le tout entouré de montagnes et de forêts.

Et malgré les hôtels, les propriétés luxueuses (n’hésitez pas à récupérer un magazine avec des annonces de vente de propriétés pour vous faire une idée des prix des biens dans le secteur), les boutiques, les restaurants et toutes ces infrastructures, Whistler n’a jamais complètement domestiqué son environnement.

Nous allions d’ailleurs en avoir une dernière démonstration en mode réalité non augmentée. Le jour du départ, nous quittons notre logement en voiture. Nous avons parcouru quoi… 500 mètres ?

Et là, pile devant notre véhicule, un jeune ours brun essaie de traverser la route. Nous avons ralenti pour le laisser passer, il semblait stressé par la circulation. Tout le monde s’immobilise dans les deux sens du trafic. L’animal, visiblement beaucoup moins enthousiaste que nous à l’idée de cette rencontre, finit par traverser et disparaître.

Nous avions emprunté cette même zone plusieurs fois pour aller dîner tranquillement les soirs. Quelques jours auparavant, les panneaux « You are in bear country » rencontrés sur la route pouvaient encore donner l’impression de concerner surtout les grandes étendues sauvages que nous venions de traverser.

Pas vraiment.

À Whistler, vous pouvez boire un café préparé pendant dix minutes, visiter un superbe musée d’art contemporain, faire livrer votre plateau de fromages par voiturier…

et croiser un ours à 500 mètres de chez vous.

Bienvenue au Canada. 🐻