Il faut bien rentrer.

Sur le chemin du retour vers Calgary, découverte d’un autre visage de la Colombie-Britannique : l’Okanagan autour de Kelowna, puis Revelstoke entre montagnes, histoire ferroviaire et quelques étapes inattendues.

Après avoir atteint Vancouver et le Pacifique, nous reprenons cette fois la direction de Calgary. Mais plutôt que de refaire le chemin en sens inverse, notre itinéraire nous emmène plus au sud de la Colombie-Britannique, avec deux nouvelles étapes : Kelowna et Revelstoke.

Et le changement est assez immédiat.

Vers Kelowna : une autre Colombie-Britannique

La route vers Kelowna est beaucoup plus facile que certaines de celles empruntées quelques jours auparavant. Une belle autoroute, agréable à conduire, avec de très beaux panoramas. Nous traversons aussi plusieurs zones en travaux. La route est en cours d’élargissement par endroits, rappel assez concret de l’évolution de cette partie de la province.

Mais ce qui m’intéresse surtout, c’est ce qui apparaît autour de nous déjà depuis quelques temps: l’agriculture.

Nous entrons dans la vallée de l’Okanagan. On voit des vergers, des cultures, des vignobles et, au bord des routes, des producteurs qui proposent notamment des pêches et des cerises. Après les forêts, les montagnes et les paysages parfois extrêmement secs rencontrés ailleurs en Colombie-Britannique, voici encore un autre visage de la province.

Kelowna, entre lac, vergers et fumée

À Kelowna, difficile d’ignorer le lac Okanagan. Il est imposant et donne par endroits à la ville une atmosphère presque balnéaire : bateaux, marina, restaurants au bord de l’eau… En traversant le grand pont qui enjambe le lac, j’ai même eu une drôle d’impression de Floride, avec quelque chose qui m’évoquait les Keys. Évidemment, avec le relief de Colombie-Britannique autour, l’illusion a ses limites. 😅

Mais cela donne à Kelowna une identité assez particulière. Le climat de l’Okanagan participe grandement à son attractivité et explique aussi cette agriculture très présente autour de la ville. A noter que lors de notre passage, il y avait un élément impossible à ignorer : les incendies et les fumées qu’ils répandent sur des centaines de kilomètres à la ronde.

La fumée était suffisamment présente pour modifier complètement le paysage et l’expérience durant notre séjour. Sur certaines de mes photos, le ciel est presque orange-beige, les montagnes disparaissent dans la brume et même le lac semble recouvert d’un voile. J’ai d’ailleurs hésité à passer l’une de ces photos en noir et blanc avant de finalement la conserver telle quelle.

Parce que cette couleur étrange faisait elle aussi partie du voyage et de ce que vous pouvez rencontrer l’été lors d’un passage dans cette région.

Des kangourous. Oui, à Kelowna.

Parmi nos visites, il y en a une que je n’aurais certainement pas spontanément associée à la Colombie-Britannique : une ferme aux kangourous. On y croise également des lapins, des émeus, des capybaras et plusieurs autres animaux. Mais évidemment, les kangourous restent les vedettes : ils peuvent être approchés et nourris. Avec des enfants, le succès est assez facile à prédire. 😁

C’est aussi un genre d’activité un peu improbable durant un road trip. On part pour découvrir les grands paysages de l’Ouest canadien et, quelque part au milieu de tout ça, on se retrouve à quelques centimètres d’un kangourou. Pourquoi pas.

SOMA Cidery : au milieu des vergers

Pour retrouver quelque chose de beaucoup plus caractéristique de l’Okanagan, direction ensuite SOMA Craft Cidery (une cidrerie artisanale). Le lieu est installé au milieu des vergers et permet de profiter directement de cette dimension agricole de la région. On peut y manger et évidemment découvrir leurs cidres et autres produits.

C’est probablement ce que j’ai trouvé le plus intéressant autour de Kelowna : sortir de la ville permet de comprendre très rapidement la vallée. Les vergers et les vignobles font partie du paysage, de l’économie et de ce que l’on vient chercher dans l’Okanagan.

Davison Orchards : le piège à gourmands

Autre arrêt possible dans le secteur: Davison Orchards. On y trouve des fruits et légumes, bien sûr, mais pas seulement. Les rayons débordent de produits transformés sur place, sauces, confiseries, objets pour la maison, bougies, tabliers et cadeaux en tout genre. En somme, un endroit dans lequel on peut très facilement passer plus de temps que prévu.

Et puisqu’il fallait bien se sacrifier pour les besoins de l’enquête 😁 : scone aux myrtilles et London Fog au sirop d’érable pour moi. Tintin reporter ne recule devant rien.

Sur la route de Revelstoke : Three Valley Gap

En poursuivant vers Revelstoke, nous faisons un arrêt à The Enchanted Forest, Une forêt aménagée avec des décors et des personnages issus de contes et de comptines pour enfants. Enter donjon, dragon et grand méchant loup, les plus jeunes vont aimer.

Puis plus loin, on tombe sur Three Valley Gap. Le lieu est difficile à rater. Au bord du lac et entouré de montagnes, le complexe comprend notamment un hôtel, un restaurant et une attraction autour d’une ancienne ville fantôme. Sur le papier, cela aurait parfaitement pu être le genre de curiosité de bord de route qui m’intéresse.

Sauf que là non. Je ne saurais toujours pas très bien expliquer pourquoi, mais je ne me suis pas sentie à l’aise dans cet endroit. Quelque chose dans l’ambiance m’a déplu au point que je n’avais pas envie que nous y mangions ou que nous nous y attardions.

Ce n’est pas une critique objective du lieu. C’est vraiment une sensation personnelle. Mais puisqu’un road trip est aussi fait de ça, je la garde : parfois on s’arrête quelque part, on regarde… et on décide que finalement, on préfère continuer. Direction Revelstoke.

Revelstoke : deux villes en une

Revelstoke m’a donné une impression assez différente. Son centre-ville conserve quelque chose de plus ancien, presque historique, avec ses petites rues, ses commerces indépendants, une librairie — toujours une information dangereuse en ce qui me concerne, car cela me demande un grand contrôle pour ne rien acheter— et même une boulangerie française.

Mais dès qu’on s’éloigne un peu, on voit aussi une autre Revelstoke. La ville s’étend, de nouveaux quartiers apparaissent et la station de ski apporte une dimension beaucoup plus moderne. On sent une destination de montagne en développement, avec presque deux visages : la petite ville historique et la station contemporaine qui grandit autour d’elle. Notre hébergement était lui aussi assez révélateur de l’endroit : installé au bord de la rivière, avec la forêt juste en face. Très paisible.

Avec toutefois un petit rappel à l’entrée :

« You are in bear country. » Ah. D’accord, il ne s’agirait pas de l’oublier. 🐻

Le Revelstoke Railway Museum : raconter l’Ouest par le train

La visite qui m’a le plus marquée à Revelstoke est sans doute celle du Revelstoke Railway Museum. C’est un petit musée, assez ancien, sans prétention. On peut évidemment y voir d’impressionnantes locomotives et découvrir l’histoire du chemin de fer. Mais ce que j’ai particulièrement aimé, c’est ce que le musée permet de comprendre au-delà des machines.

Le train a joué un rôle immense dans le développement et le peuplement de l’Ouest canadien. À Revelstoke, cette histoire devient beaucoup plus concrète. Et elle permet aussi de découvrir des récits moins connus. Notamment celui des porteurs noirs des chemins de fer canadiens. Ces hommes travaillaient à bord des trains dans des conditions difficiles et dans un contexte de discrimination raciale. L’un des détails qui m’a le plus marquée est cette habitude de les appeler indistinctement « George », quel que soit leur véritable prénom.

Le musée évoque également les voyages royaux en train, notamment ceux d’Elizabeth II. On passe ainsi des énormes locomotives à l’histoire sociale du chemin de fer, puis aux trains royaux. Et finalement, c’est peut-être cela que j’ai préféré dans cette visite : le train devient une porte d’entrée pour raconter bien davantage que le rail.

La route reprend

Revelstoke était notre dernière véritable étape avant le retour vers Calgary. Et ces deux derniers arrêts auront offert une conclusion assez différente au voyage, moins spectaculaire peut-être que certaines étapes précédentes, mais avec encore de nouvelles facettes de la Colombie-Britannique. Puis il reste simplement à reprendre la route.

Cette fois, les panneaux indiquent de nouveau une destination familière.

Calgary.

La boucle est bouclée. 🚗🏔️

Vancouver : au bout de la route, le Pacifique

De Whistler à Vancouver par Squamish, la route nous mène enfin jusqu’au Pacifique. Retrouvez nos incontournables à Vancouver, nos bonnes adresses et quelques conseils pour profiter de cette grande métropole de la côte Ouest.

Nous étions partis de Calgary avec une idée assez simple : prendre la direction de l’Ouest et aller jusqu’au Pacifique.

Après Jasper, les forêts de Colombie-Britannique, Kamloops, les paysages presque lunaires de Lillooet et les montagnes de Whistler, nous approchons enfin du but. Mais avant Vancouver, la route nous réserve encore quelques surprises.

Squamish, premier parfum de côte Ouest

En quittant Whistler vers Vancouver, la Sea to Sky Highway continue d’offrir des paysages magnifiques. Nous faisons notamment une halte à Squamish, petite ville dont le développement est assez impressionnant.

L’ambiance y est déjà différente. Petits commerces, artisanat, marché, produits locaux, alimentation bio, cafés… On commence à retrouver cette fameuse ambiance typique de la côte ouest nord-américaine et une certaine douceur de vivre que nous avions déjà ressentie à Whistler. Squamish semble être l’une de ces villes autrefois relativement discrètes qui prennent progressivement de l’importance, portées par leur cadre exceptionnel et leur proximité avec Vancouver.

Puis nous reprenons la route. Et, au bout d’un moment, il apparaît.

Le Pacifique. Ou plus exactement Howe Sound, cette immense avancée de mer qui s’enfonce entre les montagnes. Après tous ces kilomètres, le moment a quelque chose d’un peu particulier.

Nous sommes partis des Prairies, avons traversé les Rocheuses puis une bonne partie de la Colombie-Britannique. Cette fois, nous sommes arrivés au bout du continent.

Vancouver, des retrouvailles pour nous

Vancouver n’était pas une découverte pour nous. Nous avions déjà visité la ville plusieurs années auparavant et en avions gardé un excellent souvenir. Ce retour avait donc aussi des airs de retrouvailles. Et le charme fonctionne toujours.

Vancouver est une métropole nord-américaine avec tout ce que cela implique : de grands immeubles, beaucoup de verticalité, une circulation parfois importante et un stationnement qui peut rapidement devenir sportif dans certains secteurs.

C’est également une ville chère, ce que l’immobilier, les restaurants et certains services se chargent assez rapidement de rappeler.

Et puis il existe un autre Vancouver. Dans certaines parties du centre-ville, la grande richesse de la métropole côtoie une précarité très visible ainsi que les conséquences de la crise des drogues qui touche la région. Le contraste peut être saisissant et fait aussi partie de la réalité de la ville.

Mais Vancouver possède un avantage extraordinaire : son environnement. Ici, la grande ville rencontre directement la montagne et l’océan. Et grâce à l’influence du Pacifique, le climat est aussi sensiblement plus doux que celui que nous connaissons à Calgary.

Canada Place : regarder vivre le port

S’il y a un endroit où prendre immédiatement la mesure de la situation géographique de Vancouver, c’est son bord de mer Canada Place. On peut évidemment s’y promener, profiter de la vue et rejoindre facilement différents secteurs du centre-ville. Et nous pourrions rester très longtemps simplement à regarder ce qui se passe sur l’eau.

Les hydravions assurent un véritable ballet : ils arrivent, amerrissent, repartent et s’envolent au-dessus de la baie. Certains transportent des touristes, d’autres permettent tout simplement de rejoindre différentes destinations de la région. Et Vancouver est également un important point de départ pour les croisières vers l’Alaska.

Lors de notre passage, un véritable monstre des mers attendait son départ : le Discovery Princess. Et au moment de quitter le port de Vancouver, le bateau nous a gratifiés de quelques notes particulièrement reconnaissables : celles de The Love Boat, la série connue en France sous le nom de La Croisière s’amuse. Le clin d’œil est plutôt bien trouvé : le bateau emblématique de la série était le Pacific Princess.

Il fallait évidemment que je raconte ça. 😅

Stanley Park : Vancouver, la nature et les Premières Nations

Impossible de parler de Vancouver sans évoquer Stanley Park. Pour sa situation et ses paysages, évidemment. La forêt occupe une place unique à quelques minutes seulement des immeubles du centre-ville et, depuis le littoral, on profite de superbes perspectives sur l’eau et la ville. Mais Stanley Park est également intéressant pour une autre dimension de Vancouver : la présence des Premières Nations dans la fabrique culturelle de la ville.

Elle se retrouve dans l’espace public, les noms, certaines indications en langues autochtones, les œuvres et les représentations que l’on rencontre. À Brockton Point, les célèbres poteaux sculptés permettent notamment d’observer les traditions artistiques de différentes Premières Nations de la côte Nord-Ouest.

Lorsque l’on vit en Alberta, la différence visuelle est frappante. Les formes, les couleurs et certaines représentations animales ou spirituelles appartiennent à des traditions artistiques différentes de celles que l’on rencontre dans les Prairies. C’est aussi cela, traverser l’Ouest canadien : les paysages changent, et les cultures également.

Gastown et Granville Island : oui, ce sont des incontournables!

Nous n’allons pas prétendre vous révéler un secret : si vous cherchez quoi voir à Vancouver, Gastown apparaîtra dans à peu près tous les guides. Et pour cause. Le quartier permet de retrouver une architecture plus ancienne au milieu d’une ville largement moderne. Et oui, vous finirez probablement devant la célèbre Steam Clock, comme tout le monde. 😅 Toutes les demi-heures, elle attire son petit groupe de curieux venus attendre son sifflement et ses jets de vapeur.

Très touristique ? Absolument. À voir quand même ? Pour moi, oui.

Autre classique : Granville Island et son Public Market. Le trajet peut déjà faire partie du plaisir si vous empruntez l’un des petits bateaux qui assurent les traversées, ce sont des sortes de taxis aquatiques qui permettent de découvrir la ville autrement.

Sur place : marché, nourriture, commerces et cette ambiance très caractéristique qui mérite largement qu’on y consacre du temps.

Vancouver avec des enfants

Vancouver fonctionne également très bien comme destination familiale. Le Vancouver Aquarium, situé dans Stanley Park, constitue évidemment une une sortie possible.

Nous avons également apprécié Science World, que l’on pourrait grossièrement présenter aux Français comme un cousin du Palais de la Découverte : sciences, expérimentations, manipulations et activités permettant aux enfants d’apprendre en testant. C’est le genre d’endroit qui permet aussi de varier les journées lorsque tout le monde n’a pas envie d’enchaîner les visites urbaines.

Et pour une pause nettement moins éducative mais unanimement approuvée par notre famille : Vancouver possède également un Lindt Café. Oui. On peut acheter ses chocolats… mais aussi les boire. 😅

Une ville tournée vers l’Asie

On ne peut pas comprendre Vancouver uniquement en regardant sa géographie. Il faut aussi regarder sa population — et donc aussi son assiette. La ville possède une très importante influence asiatique, fruit des différentes vagues d’immigration qui ont participé à son histoire et continuent de façonner son identité.

Pour les gourmands, c’est une excellente nouvelle. Cuisine japonaise, chinoise, coréenne… l’offre est immense et il est possible de trouver d’excellentes adresses dans des gammes de prix très différentes.

C’est probablement l’un des aspects que nous apprécions particulièrement à Vancouver : on sent que la ville regarde vers le Pacifique, géographiquement mais aussi culturellement. Et puisque nous sommes Français, signalons quand même qu’il est possible d’y retrouver quelques repères familiers, notamment Ladurée et PAUL.

On ne se refait pas. 😌

Une ville où le football prend aussi sa place

Notre passage avait cette fois une saveur particulière. Vancouver venait tout juste de vivre la Coupe du monde 2026, dont elle avait été l’une des villes hôtes. Autour du stade, certaines traces de l’événement étaient encore visibles. Mais nous avons surtout remarqué la présence du football dans la ville : maillots dans les rues, supporters et visibilité croissante d’un sport que l’on n’associe pas forcément spontanément au Canada depuis l’Europe.

Vancouver possède évidemment déjà son club, les Whitecaps, mais il était intéressant d’observer la ville quelques semaines seulement après avoir accueilli le plus grand événement du football mondial. Quelque chose semble être en train de prendre. Et je ne vais certainement pas m’en plaindre.

Et si vous avez davantage de temps : Victoria

Cette fois-ci, notre itinéraire ne nous permettait pas de poursuivre davantage. Mais lors d’un précédent voyage, nous avions profité de Vancouver pour rejoindre Victoria, sur Vancouver Island. Et si votre planning le permet, je recommande chaudement cet ajout.

Le ferry fait déjà partie du voyage : on quitte le continent et navigue au milieu des îles avant de rejoindre Vancouver Island. Victoria possède une atmosphère très particulière. Son héritage britannique donne parfois l’impression qu’un petit morceau d’Angleterre a été transporté sur la côte Ouest canadienne. Le port, l’architecture, les jardins et cette douceur de vivre en font une très belle extension d’un séjour à Vancouver.

Le Pacifique, enfin

Vancouver était l’objectif symbolique de notre voyage. Pas parce que nous ne connaissions pas la ville, mais parce que cette fois, nous y étions arrivés par la route depuis Calgary. Lorsque l’on prend l’avion, les Rocheuses, les forêts, les plateaux arides, les canyons et les milliers de kilomètres qui séparent les Prairies du Pacifique disparaissent en à peine heure avant d’atterrir à Vancouver, depuis Calgary.

Par la route, c’est une autre expérience, on comprend physiquement les distances. On voit les paysages changer. On découvre à quel point une même province peut passer de forêts presque infinies à des terres arides avant de retrouver montagnes, lacs et océan.

Et puis, après tout cela, on arrive à Vancouver. Devant nous, il n’y a plus de montagne à franchir pour continuer vers l’Ouest. On est arrivés au bout (du monde).

Il y a le Pacifique. Promesse tenue. 🌊

Whistler côté été : un coup de coeur évident

Deux jours à Whistler pour découvrir une station qui sait parfaitement vivre sans la neige : nature, culture, bonnes adresses et cet art de vivre qui en a fait l’un de nos coups de cœur en Colombie-Britannique.

Après plusieurs jours de road trip et une étape entre Kamloops (Lillooet) et Whistler qui aura été assez exigeante, nous étions contents d’arriver. Et moi encore plus après le tronçon sur la Sea to Sky Highway! Whistler a été une récompense à la hauteur. Nous y sommes restés deux jours, soit assez de temps pour poser les valises, ralentir et découvrir une destination qu’il est facile d’aimer.

Parce que tout simplement Whistler est une belle destination. Très belle même. Elle est aussi très bien aménagée, agréable à parcourir à pieds et dotée d’un niveau de service qui participe énormément à l’expérience.

Soyons clairs cependant : Whistler est une station de montagne haut de gamme. Et il n’y a pas d’équivoque là dessus.

Un petit air de Chamonix… mais pas tout à fait

Pour donner un point de comparaison aux lecteurs français, Whistler peut, par certains aspects, évoquer Chamonix : une station de montagne connue internationalement, de grandes infrastructures sportives, une clientèle touristique et un niveau de gamme élevé. Mais la comparaison s’arrête assez vite.

Whistler nous a paru plus étendue, plus ouverte et organisée autour d’un véritable art de vivre en montagne. Le luxe est incontestablement là — le prix des hébergements et de l’immobilier se charge rapidement de vous le rappeler — mais il n’est pas particulièrement ostentatoire. Il se trouve plutôt dans le cadre, la qualité des aménagements, les services et cette impression que tout a été pensé pour rendre le séjour agréable.

Et après plusieurs jours sur la route, parfois dans des situations un peu aventureuses, nous avons eu pendant deux jours une véritable sensation de slow life en vacances. Marcher. Prendre un café. Flâner dans les magasins. Regarder les gens passer avec leur chien. Aller au lac. Dîner. Entrer dans une boutique. Ne pas regarder constamment l’heure.

Bref : ralentir.

Whistler Village : tout est là

Le cœur de Whistler est particulièrement agréable à parcourir à pied. On y trouve évidemment les commerces et restaurants que l’on attend d’une grande destination touristique, mais aussi un bureau de poste (belle occasion d’envoyer des cartes à ses proches, avec le tampon de Whistler), de quoi faire ses courses, des espaces pour les enfants, des pubs et de nombreuses (petites) boutiques.

Et c’est justement dans ces commerces indépendants que nous avons le mieux perçu cet art de vivre : décoration, objets artisanaux, tricots pour la maison, plaids, cosmétiques ou produits fabriqués localement…

Même commander un café peut devenir une expérience. 😅

Certains établissements prennent littéralement leur temps : préparation minutieuse, présentation travaillée, décor particulièrement soigné. Vous n’êtes pas forcément venu uniquement chercher votre dose de caféine ; vous êtes aussi venu passer un moment. Et tomber amoureux, des London Fogs en ce qui me concerne.

Côté restauration dans le Village, en revanche, nous avons trouvé certaines adresses un peu plus « attrape-touristes ». Rien de très surprenant pour une destination de cette importance : il faut simplement accepter de chercher un peu si l’on veut autre chose que l’offre la plus évidente.

🚗 Un mot sur le stationnement: Whistler est très bien aménagée, mais se garer à proximité de certains sites n’est pas toujours évident, surtout lorsqu’il y a du monde. Avant de partir vers un lac ou une activité, vérifiez les possibilités de stationnement plutôt que de présumer que vous pourrez vous garer juste devant.

Une station de ski qui a parfaitement compris l’été

Whistler est évidemment mondialement connue pour les sports d’hiver et a accueilli une partie des épreuves des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver en 2010.

Les anneaux olympiques sont d’ailleurs toujours là. Mais ce qui nous a surtout frappés, c’est la manière dont la station exploite ses infrastructures une fois la neige disparue. L’été ne donne absolument pas l’impression d’être une saison d’attente avant le retour des skieurs.

Whistler devient notamment un immense terrain de jeu pour le VTT. Les cyclistes embarquent avec leurs vélos depuis le centre de la station, dans les cabines téléphériques (gondolas), gagnent les hauteurs puis redescendent par les pistes aménagées sur la montagne.

Ajoutez les randonnées, les lacs, le paddle, la baignade et toutes les activités de plein air : Whistler a réussi à devenir une véritable destination quatre saisons.

Et les paysages restent évidemment au rendez-vous.

L’Audain Art Museum : un vaisseau dédié à l’art au milieu des arbres

Whistler ne se résume heureusement pas au sport et aux activités de montagne. Nous avons visité l’Audain Art Museum. C’est un lieu remarquable à commencer par son architecture. Le bâtiment contemporain semble être installé au milieu de la végétation sans chercher à la dominer. Le bois apporte de la chaleur tandis que de grandes surfaces vitrées maintiennent une ouverture permanent vers l’extérieur.

À certains endroits, on a presque l’impression d’être dans une capsule posée au milieu de la forêt. La collection permet notamment de découvrir des œuvres autochtones qui dialoguent avec d’autres périodes et formes de création, jusqu’à l’art contemporain. C’est finalement un musée que l’on apprécie autant pour ce qu’il contient que pour la manière dont il a été pensé : le bâtiment, les œuvres et la forêt participent ensemble à l’expérience.

Au bord de Nita Lake

Pour découvrir un autre visage de Whistler, il faut également s’éloigner un peu du Village et rejoindre le lac. Nous avons notamment beaucoup apprécié le secteur de Nita Lake. L’été, on y nage, fait du paddle ou profite simplement du bord de l’eau, entouré par la forêt et les montagnes. Difficile de faire beaucoup plus agréable.

Nous sommes revenus dans ce secteur pour dîner au Nita Lake Lodge, un très bel hôtel installé au bord du lac. Le cadre est superbe, la décoration soignée, l’accueil excellent et l’assiette à la hauteur. C’est exactement le genre d’endroit qui résume assez bien ce que Whistler sait faire : proposer une expérience haut de gamme sans nécessairement tomber dans le luxe tapageur.

Et une petite scène nous a permis de mesurer jusqu’où peut aller ce niveau de service. À l’entrée du Lodge, nous avons discuté avec un fromager français. Il venait de préparer un plateau de fromages destiné à une réception privée organisée ailleurs. Pour venir récupérer le plateau ?

Un voiturier avait été envoyé.

Voilà. Nous sommes à Whistler. 😅 Le luxe est parfois une suite présidentielle et du champagne. Ici, il peut aussi prendre la forme d’un voiturier spécialement mandaté pour récupérer votre plateau de fromages.

Une destination très facile à aimer

Au bout de ces deux jours, Whistler aura été l’un de nos véritables coups de cœur du voyage. Un de ses moments phares. Il y a bien sûr des contreparties. La destination est chère, très touristique et certaines choses nécessitent un peu d’organisation, notamment le stationnement. Mais nous avons surtout retenu la qualité de vie que la station parvient à mettre en scène.

On peut commencer la journée dans un café, partir marcher, visiter un musée, regarder les VVTistes dévaler la montagne, se baigner ou faire du paddle dans un lac puis terminer autour d’une bonne table. Le tout entouré de montagnes et de forêts.

Et malgré les hôtels, les propriétés luxueuses (n’hésitez pas à récupérer un magazine avec des annonces de vente de propriétés pour vous faire une idée des prix des biens dans le secteur), les boutiques, les restaurants et toutes ces infrastructures, Whistler n’a jamais complètement domestiqué son environnement.

Nous allions d’ailleurs en avoir une dernière démonstration en mode réalité non augmentée. Le jour du départ, nous quittons notre logement en voiture. Nous avons parcouru quoi… 500 mètres ?

Et là, pile devant notre véhicule, un jeune ours brun essaie de traverser la route. Nous avons ralenti pour le laisser passer, il semblait stressé par la circulation. Tout le monde s’immobilise dans les deux sens du trafic. L’animal, visiblement beaucoup moins enthousiaste que nous à l’idée de cette rencontre, finit par traverser et disparaître.

Nous avions emprunté cette même zone plusieurs fois pour aller dîner tranquillement les soirs. Quelques jours auparavant, les panneaux « You are in bear country » rencontrés sur la route pouvaient encore donner l’impression de concerner surtout les grandes étendues sauvages que nous venions de traverser.

Pas vraiment.

À Whistler, vous pouvez boire un café préparé pendant dix minutes, visiter un superbe musée d’art contemporain, faire livrer votre plateau de fromages par voiturier…

et croiser un ours à 500 mètres de chez vous.

Bienvenue au Canada. 🐻

De Kamloops à Whistler par Lillooet : la route qui devait durer quatre heures

De Kamloops à Whistler par Lillooet, changement de décor : canyons arides, paysages presque lunaires puis montagnes et forêts. Une route spectaculaire qui rappelle qu’ici, le trajet fait pleinement partie du voyage.

Dans l’épisode précédent de notre road trip vers l’Ouest, nous quittions Jasper pour entrer en Colombie-Britannique par le mont Robson avant de rejoindre Kamloops. Pour cette nouvelle étape, direction Lillooet puis Whistler.

Notre GPS nous annonce environ quatre heures de route.

Quatre heures. Nous en reparlerons vous avais je dit. 😅

Car cette étape va nous offrir certains des paysages les plus surprenants de notre voyage, mais aussi nous rappeler une règle importante : dans l’Ouest canadien, le temps indiqué par le GPS et le temps qu’il faut réellement consacrer à une route sont parfois deux choses très différentes.

Un Canada auquel on ne s’attend pas forcément

Nous quittons Kamloops et les paysages secs découverts la veille se poursuivent. Et plus nous avançons, plus ils deviennent spectaculaires.

Canyons, poussière, végétation basse, reliefs déclinant toutes les nuances de brun et d’ocre… Par endroits, le décor paraît presque martien.

Dans l’imaginaire européen, ce sont probablement des paysages que l’on associerait plus volontiers à certains secteurs de l’Arizona ou du Colorado qu’au Canada. Et pourtant, nous sommes bien en Colombie-Britannique.

C’est une beauté brute, sauvage, parfois presque austère, qui permet surtout de mesurer une nouvelle fois la diversité de cette immense province. Dans ce territoire apparemment hostile, un élément devient particulièrement visible : l’eau.

La rivière agit comme un véritable cordon de vie. Les petites localités apparaissent le long de son cours, installées là où l’eau a rendu la présence humaine possible.

Et tout autour : l’immensité, le vide.

Une route qui fait partie du spectacle

La route aussi devient progressivement spectaculaire. Elle épouse les reliefs, forme des lacets, longe les canyons, monte et redescend. À certains endroits, lorsqu’on regarde le paysage, on se demande presque comment quelqu’un a pu décider qu’il fallait réussir à faire passer une route ici. C’est peut-être ce qui m’a le plus frappée : la puissance de la nature d’un côté et l’obstination humaine de l’autre.

Face à ces montagnes, ces canyons et ces kilomètres de territoire presque inhabité, l’humain paraît minuscule. Et pourtant, il a réussi à tracer un passage. Des points de vue aménagés permettent heureusement de s’arrêter en sécurité à plusieurs endroits. Profitez-en : certains panoramas sur la rivière et les canyons sont magnifiques et permettent aussi de mieux observer la façon dont l’eau et le relief ont façonné le territoire.

Je ne suis personnellement pas une grande amatrice du vide et de l’altitude — autant être honnête ! — et certaines portions m’ont donc paru éprouvantes. Mais même avec cette sensibilité, impossible de ne pas reconnaître à quel point le paysage est impressionnant.

📸 Mais… où sont les photos ?

Il n’y en a quasiment pas. 😅 Moi que ma famille surnomme « Tintin reporter » parce que je photographie absolument tout pour le blog, j’ai passé une bonne partie du trajet côté passager… penchée vers le conducteur pour ne pas regarder le vide. Voilà. Je pense que ça vous donne une assez bonne idée de mon état. 😂

Quatre heures sur Google ? Pas vraiment

C’est probablement le conseil principal de cette étape : ne construisez pas votre journée autour du temps annoncé par votre GPS. La route est sinueuse, avec de fortes montées et descentes, et les possibilités de dépassement sont parfois limitées. On peut donc passer un bon moment derrière un poids lourd, un autocar, un camping-car ou une caravane sans pouvoir le dépasser en sécurité. Les caravanes/mobiles homes sont très courants au Canada et peuvent également être loués par des voyageurs qui ne sont pas nécessairement habitués à conduire un véhicule de ce gabarit. Ajoutez à cela les pentes et les virages : les vitesses peuvent considérablement diminuer.

Après Lillooet, nous nous sommes ainsi retrouvés derrière un car touristique qui progressait autour de 40 km/h dans la montagne.

Impossible de passer. Nous avons donc adapté la vitesse, jusqu’à ce quil soit possible de doubler.

Whistler n’allait pas partir.

Si vous devez récupérer les clés d’un hébergement ou arriver à une heure précise, prévoyez une vraie marge. Quatre heures de conduite théorique peuvent facilement devenir cinq ou six heures consacrées à cette étape avec déjeuner, pauses et conditions rencontrées. Nous ne nous sommes pas pris pour Fangio pour essayer de « récupérer » un éventuel retard. Et nous sommes arrivés quand nous sommes arrivés.

🚗 Pour profiter de la route sereinement

Prenez votre temps, soyez patient et partez reposé. Évitez de vous lancer sur cette route si vous êtes fatigué ou après avoir bu et, personnellement, je privilégierais clairement un trajet de jour.

Si vous êtes sensible au mal des transports ou au vide, regardez autant que possible la route devant vous plutôt que le ravin, évitez lecture et téléphone et anticipez si nécessaire auprès de votre pharmacien, pour le mal des transports.

Avalanche, chutes de pierres : la montagne continue de vivre

Sur certaines portions, la signalisation rappelle que l’on traverse également des zones d’avalanche ou de chutes de pierres. Ces panneaux interdisent l’arrêt, on ne se gare évidemment pas pour prendre une jolie photo : on poursuit simplement sa route prudemment jusqu’à la sortie de la zone. On aperçoit d’ailleurs parfois des morceaux de roche tombés au bord de la chaussée. Pas besoin d’être géologue pour comprendre le message : la montagne continue de vivre et de bouger autour de nous. Encore une fois, ces panneaux ne sont pas là pour rendre le voyage anxiogène. Ils font simplement partie de la lecture de la route dans un environnement où la nature impose encore largement ses règles.

Après Lillooet : pause déjeuner et toilettes sèches

Après Lillooet, des espaces aménagés permettent de s’arrêter pour manger, avec tables de pique-nique et toilettes sèches. Ah, les toilettes sèches canadiennes. 😭 Nous en avons rencontré beaucoup pendant ce voyage et, globalement, elles étaient entretenues et équipées de papier. Mais certaines sont incontestablement plus… rustiques que d’autres.

Celles-ci ont probablement remporté notre palme des moins glam et des plus acrobatiques du voyage. 😂 Gardez simplement votre petit gel hydroalcoolique dans la voiture : il n’y a évidemment pas d’eau courante dans les toilettes sèches pour se laver les mains.

Et lorsque vous vous installez pour déjeuner, regardez aussi les panneaux. You are in bear country. Une aire de pique-nique aménagée reste une petite installation humaine au milieu du territoire des animaux sauvages.

Si vous avez prévu un bear spray pour votre voyage, c’est précisément lorsque vous sortez de la voiture dans les secteurs où son port est recommandé qu’il doit être accessible, plutôt que laissé dans le véhicule. Familiarisez-vous avec son fonctionnement avant d’en avoir éventuellement besoin. Et évidemment, après le pique-nique : nourriture et déchets repartent avec vous ou dans les poubelles prévues à cet effet.

Highway 99 : mais jusqu’où allons-nous monter ?

Après Lillooet, nous prenons la Highway 99 vers Whistler. Et ça monte. Puis ça monte encore. À un moment, une pensée finit presque inévitablement par arriver : Mais jusqu’où allons-nous monter comme ça ?

La route s’accroche à la montagne. Les virages se succèdent et, par endroits, le paysage donne une incroyable sensation de hauteur. D’un côté, le vide. Face à nous, d’immenses montagnes couvertes de forêt ressemblent presque à des murs verts. C’est vertigineux, mais également magnifique. Puis progressivement, le mouvement s’inverse. Nous redescendons.

Et après les kilomètres de brun, d’ocre, de roche et de végétation basse, le vert revient. Les forêts deviennent plus denses. La végétation plus généreuse. Les fleurs réapparaissent. Le paysage change une nouvelle fois complètement de visage et nous comprenons que Whistler approche. Et dans la rivière on voit des installations d’arbres qui font penser à des barrages de castors.

Lorsque nous regardons finalement l’heure… Non. Nous n’avons pas mis quatre heures. 😅

La route impose son rythme

Google avait dit quatre heures.

Nous avions désormais compris qu’ici, c’est la route qui décide.

Alors nous avons pris notre temps et sommes arrivés à Whistler en milieu d’après midi. 😅Dans le prochain épisode, nous posons nos valises dans la très réputée station de Whistler!

Et après toutes ces heures passées en bear country, nous allons découvrir que les ours ne vivent pas uniquement au fin fond des montagnes… 🐻

De Jasper à Kamloops : à la découverte de l’immensité de la Colombie-Britannique

De Jasper à Kamloops, notre road trip entre en Colombie-Britannique par le spectaculaire mont Robson. Forêts luxuriantes, longues routes isolées puis paysages de plus en plus arides : un bel exemple de la diversité de l’Ouest canadien.

Après les glaciers, les lacs et les cascades de Jasper, notre road trip vers l’ouest continue. Cette fois, nous quittons l’Alberta pour entrer en Colombie-Britannique, destination Kamloops.

Sur le papier, cette deuxième étape est plus une journée de transition. Elle concentre moins de sites touristiques célèbres que Jasper, et Kamloops est davantage une ville-étape qu’une destination touristique en soi.

En revanche la route menant à Kamloops mérite qu’on la regarde. Parce qu’elle donne un premier aperçu assez parlant de l’immensité et de la diversité des paysages de la Colombie-Britannique.

Quelques kilomètres et nous voilà déjà en Colombie-Britannique (BC)

Depuis Jasper, il ne faut finalement pas rouler très longtemps avant de quitter l’Alberta.

Bienvenue en Colombie-Britannique ! Et premier petit avantage de ce passage vers l’ouest : nous changeons de fuseau horaire et gagnons une heure. Une heure de plus dans une journée de road trip, on ne va certainement pas la refuser.

Mais pour comprendre ce qui nous attend, il faut peut-être commencer par un chiffre : la Colombie-Britannique s’étend sur près de 945 000 km². Pour donner un ordre de grandeur: c’est environ 1,7 fois la superficie de la France métropolitaine. Donc, dire « nous partons en Colombie-Britannique » ne signifie pas grand-chose quant aux paysages que l’on va rencontrer. Et nous allons en avoir une belle démonstration.

Le mont Robson ouvre les portes de la BC !

Peu après avoir franchi la frontière provinciale, impossible de manquer l’une des attractions majeures du secteur : le mont Robson. Culminant à 3 954 mètres, c’est le plus haut sommet des Rocheuses canadiennes.

Et pour une entrée en Colombie-Britannique, le décor est plutôt réussi.

Montagnes, sommets perdues dans les nuages, forêts, végétation dense : tout est vert et semble immense. À partir de là, si vous aimez les arbres, rassurez-vous : vous allez en voir. Beaucoup. 😅

La route se poursuit au milieu de paysages boisés qui semblent parfois ne jamais devoir finir. Quelques localités apparaissent de temps en temps, mais elles sont tellement petites qu’elles ressemblent davantage à des lieux-dits. C’est beau. Et c’est très, très peu peuplé.

Avola : déjeuner au milieu de nulle part

Et puis il faut bien manger. Nous nous sommes arrêtés à Avola, dans une station-service au bord de la route.

Avola, comment vous dire ? Ce n’est pas exactement l’endroit où vous allez hésiter entre douze restaurants recommandés par le Michelin. 😅 Quelques bâtiments, une station-service, la route, la forêt autour de nous… et voilà. C’est avant tout un lieu de passage pour les routiers. Nous avons mangé là. A l’arrière du Truck, et encore une fois merci la glacière!

🧊 ASTUCE ROAD TRIP — LA GLACIÈRE

Achetez 2 ou 3 sacs de glaçons ou de crushed ice au supermarché et placez-les tels quels, sans les percer, dans votre glacière avec boissons, sandwichs, salades et fruits frais. Quand la glace fond, videz l’eau et rechargez au prochain grocery store. Simple, économique et très pratique !

Et quelque part, c’est aussi ça, le road trip. Cela participe aussi aux souvenirs et aux anecdotes.

Comme pour notre première étape, mieux vaut donc anticiper : carburant, eau, nourriture, téléphone chargé et cartes disponibles hors connexion. Les services sont espacés et la couverture mobile n’est pas garantie.

Des forêts magnifiques… et la réalité des incendies

Cette traversée nous confronte également à une autre réalité de l’Ouest canadien : les feux de forêt. Nous venons de quitter Jasper, où les stigmates de l’incendie de 2024 sont encore visibles. En Colombie-Britannique, la question est d’actualité. Sur certaines portions, la fumée commence à affecter la visibilité du paysage lui-même.

Lorsque l’on vit dans l’Ouest canadien, on entend régulièrement parler de wildfires, de qualité de l’air et de fumées pouvant voyager sur de très grandes distances. Sur la route cette « information » devient beaucoup plus concrète.

Ces paysages sont magnifiques, mais ils sont aussi vulnérables. Et les conditions peuvent évoluer : en période de feux, vérifier la situation avant de prendre la route fait partie des précautions élémentaires.

Et soudain… Kamloops

Pendant une bonne partie du trajet, notre vision de la Colombie-Britannique est donc faite de montagnes et de forêts à perte de vue. Conforme à l’idée que nous en avions gardé, après notre premier voyage il y a des années. Et puis nous approchons de Kamloops.

Et là… Mais où sont passés les arbres ? Le changement est assez drastique. Les paysages verdoyants traversés pendant des heures laissent place à un environnement beaucoup plus sec. Les collines prennent des teintes jaunes et brunes, la végétation devient plus basse et clairsemée.

Ca aussi c’est la Colombie-Britannique. C’est ce contraste qui nous a frappés : en quelques heures de route, sans changer de province, nous avons l’impression d’être arrivés dans une région complètement différente. Et on comprend un peu mieux ce que représentent ces fameux 945 000 km².

Kamloops : une très bonne étape

Après les longues portions isolées de la journée, Kamloops c’est la ville. On y retrouve hôtels, restaurants, commerces, stations-service et tout ce qui permet de souffler — et surtout de se poser avant de repartir.

Kamloops possède évidemment ses propres activités — et même un aéroport, donc rendons à Kamloops ce qui appartient à Kamloops 😅 — mais nous n’en ferions pas une destination de plusieurs jours dans le cadre de ce road trip. Nous avons néanmoins beaucoup apprécié le secteur aménagé au bord de la rivière.

Le parc longeant l’eau est agréable et bien entretenu, avec des espaces permettant de se promener et de profiter des berges. Une zone de baignade permet même de se mettre à l’eau. Pendant l’été, le secteur s’anime également avec des activités et événements en soirée.

Après plusieurs heures de voiture, c’est exactement le genre d’endroit où l’on apprécie de pouvoir marcher un peu et retrouver de l’animation.

Et surtout : profitez de Kamloops pour tout ce qui est Carburant, boissons, nourriture, éventuellement quelques médicaments ou produits oubliés…

Pour la suite de notre trajet, nous allons être très contents de l’avoir fait.

Une étape qui donne l’échelle du pays

L’intérêt de cette étape est la suivante: elle donne une idée assez vertigineuse de l’échelle et de la diversité de l’Ouest canadien.

En quelques heures, les contraste est réel. Et pourtant, nous n’avons parcouru qu’une petite partie de cette immense province.

Pour l’étape suivante, direction Lillooet puis Whistler. Google nous annonce environ quatre heures de route. Quatre heures.

Nous en reparlerons. 😅

De Calgary à Jasper : glaciers, cascades et immensité sur l’Icefields Parkway

De Calgary à Jasper, la route fait partie du voyage. Glacier Athabasca, cascades, lacs, sources chaudes et paysages spectaculaires : découvrez notre première étape vers l’Ouest canadien, avec nos conseils pratiques pour préparer ce road trip dans les Rocheuses.

Cet article inaugure une série sur Arly in Calgary. Cette fois, nous allons pousser plus loin les escapades au départ de Calgary et prendre la route vers l’ouest, à travers les Rocheuses puis la Colombie-Britannique.

Au fil de ces articles, je vous emmènerai sur les différentes étapes possibles d’un road trip, avec les lieux qui valent le détour mais aussi quelques conseils très concrets tirés de notre expérience. Car dans l’Ouest canadien, le trajet fait souvent autant partie du voyage que la destination.

Une précision importante : ce road trip a été effectué en été. Dans les Rocheuses, météo et saison influencent l’état des routes et l’accessibilité de certains sites. Vérifiez toujours les conditions et ouvertures avant de partir.

Ces précautions prises, direction Jasper.

Après Lake Louise, le voyage commence vraiment

Depuis Calgary, on prend la direction de Banff puis Lake Louise. Mais passé Lake Louise, le voyage change de dimension.

L’Icefields Parkway propose comme horizon les montagnes et dévoile pendant plusieurs heures sommets, lacs et immenses vallées. La route prend parfois de la hauteur et des zones permettent de s’arrêter en sécurité pour admirer le paysage ou pique-niquer.

Nous n’avons pas prévu d’arrêt à Peyto Lake, que nous connaissions déjà. Magnifique mais extrêmement populaire, il peut être pris d’assaut pendant la belle saison. Avec plusieurs heures de route devant nous, nous avons choisi de ne pas essayer de tout faire. En revanche, afin d’effectuer une première pause, il est tout à fait possible de s’arrêter à Elbow lake, très beau, facile d’accès et moins fréquenté. C’est aussi cela, un road trip : faire des choix.

Entre Lake Louise et Jasper, les services sont par ailleurs peu nombreux. Nous avions donc fait le plein et embarqué boissons et déjeuner dans une glacière avant de partir. Même logique pour le téléphone : téléchargez vos cartes hors connexion et partez batterie chargée. Le réseau disparaît régulièrement — avec un effet secondaire plutôt agréable et inattendue: pendant quelques heures, le téléphone redevient essentiellement… un appareil photo.

Le glacier Athabasca : spectaculaire, mais pas que…

L’un des grands arrêts de cette route est évidemment le glacier Athabasca, qui fait partie du champ de glace Columbia. Le site est impressionnant. Mais ce qui marque peut-être davantage encore — et désole — ce sont les traces de son recul. Des indications permettent de constater jusqu’où descendait autrefois le glacier. Lorsqu’on réalise la distance qui sépare certains repères de sa position actuelle, la notion de « recul des glaciers » cesse d’être une formule abstraite entendue dans un documentaire. On marche sur un terrain autrefois recouvert de glace.

Sunwapta et Athabasca Falls : tous à l’eau !

En poursuivant vers Jasper, deux cascades méritent l’arrêt : Sunwapta Falls et Athabasca Falls.

À Sunwapta, l’eau s’engouffre dans un superbe environnement de forêt et de montagnes. À Athabasca Falls, ce n’est pas tant la hauteur qui impressionne que le débit et la force avec laquelle l’eau a façonné la roche. Le site est bien aménagé pour observer les chutes depuis différents points de vue. Et c’est l’une des choses particulièrement plaisantes sur cette route : le paysage n’est jamais répétitif.

Jasper été 2024…et maintenant

Bien avant d’atteindre la ville, on aperçoit les traces de l’immense incendie qui a frappé Jasper à l’été 2024. Deux ans plus tard, des secteurs entiers portent toujours les stigmates du feu. Des troncs noircis se dressent sur les pentes et, dans la ville, la reconstruction se poursuit.

Mais la végétation revient aussi. On observe simultanément les traces de la catastrophe et la manière dont la nature commence à reprendre sa place.

Certaines zones restent susceptibles d’être fermées ou soumises à des restrictions en raison des conséquences de l’incendie. Vérifiez donc les informations officielles avant votre visite.

Medicine Lake et Maligne Lake

Sur la route de Maligne Lake, Medicine Lake mérite un arrêt. Outre sa beauté, son niveau varie considérablement au cours de l’année : une partie de l’eau s’évacue par un réseau souterrain avant de réapparaître plus loin dans la vallée.

Au bout de la route, Maligne Lake est à juste titre l’une des stars du parc. Immense, entouré de montagnes, il mérite déjà d’être contemplé depuis ses rives. Nous avons choisi d’y faire la croisière vers Spirit Island. Et je la recommande chaudement. Pas uniquement pour les paysages — magnifiques — mais aussi pour les explications données pendant la navigation sur le lac et son environnement.

Petite précision beaucoup moins poétique : les moustiques. Ils semblent eux aussi avoir parfaitement identifié le potentiel touristique de Maligne Lake. Prévoyez en conséquence!

Miette Hot Springs et Jasper Lake

Autre excursion possible : Miette Hot Springs. La route s’enfonce dans la montagne, le réseau téléphonique disparaît et les sources chaudes offrent une agréable parenthèse. L’accès étant saisonnier, vérifiez son ouverture avant de partir. Et ne réduisez pas Jasper à ses sites les plus célèbres. Jasper Lake nous a marqués par son incroyable impression d’ouverture. Le lac, très peu profond, les montagnes et l’espace qui s’étend devant soi donnent presque l’impression d’être face à la mer.

Le mot qui revient le plus pendant ce road trip : immense.

Les montagnes sont immenses. Les distances sont immenses. Les forêts sont immenses.

Et nous, au milieu de tout cela, beaucoup moins.

Une parenthèse inattendue au Fairmont Jasper Park Lodge

Après les glaciers, cascades et kilomètres, Jasper nous a réservé une surprise beaucoup plus raffinée : le Fairmont Jasper Park Lodge.

Je reconnais volontiers la beauté des Fairmont historiques que nous avons fréquentés au Canada. En revanche, leur conception très traditionnelle et nord-américaine du luxe n’est pas nécessairement celle à laquelle je suis la plus sensible. Et jusqu’ici, l’assiette ne m’avait jamais réellement surprise au regard des prix. À Jasper, ce fut différent. Installé au bord du superbe lac Beauvert, le resort offre un cadre magnifique. La décoration nous a beaucoup plu, le service était au niveau attendu et, cette fois, nous avons vraiment très bien mangé.

Ce n’est qu’après notre repas que nous avons appris que le chef était français. Je plaide donc non coupable de chauvinisme prémédité.

Même sans y séjourner, c’est une très belle adresse pour s’offrir une parenthèse « premium » à Jasper.

Vous êtes chez les animaux, pas l’inverse

Les panneaux signalant la faune sauvage ne sont pas décoratifs. Gardez vos distances, ne nourrissez jamais les animaux et ne créez pas un arrêt dangereux pour obtenir une photo. Les indications relatives aux ours doivent également être prises au sérieux.

« Bear country » signifie avant tout que nous sommes dans leur environnement.

Avant de prendre la route : notre pense-bête

✓ Vérifiez l’état des routes et l’ouverture des sites. Notre trajet a été effectué en été.

✓ Faites le plein avant les longues portions isolées.

✓ Emportez eau et nourriture. Les services sont limités entre Lake Louise et Jasper.

✓ Téléchargez cartes et itinéraires hors connexion.

✓ Partez avec téléphone et batterie externe chargés.

✓ Ne construisez pas un programme trop serré. Les arrêts font partie du voyage.

✓ Respectez la faune. Observez à distance et ne nourrissez jamais les animaux.

✓ Vérifiez aussi les activités. Une route ouverte ne signifie pas nécessairement que les croisières ou équipements saisonniers le sont.

Et surtout : regardez autour de vous.

Une autre façon de découvrir Calgary: trois heures à la banque alimentaire

Trois heures de bénévolat, une organisation impressionnante et une belle leçon d’humanité. Retour sur une expérience qui m’a fait découvrir Calgary sous un angle différent.

Sur ce blog, je vous emmène régulièrement découvrir différentes facettes de la ville : ses bonnes adresses, son histoire, ses musées, ses événements ou encore ses activités familiales. Mais une ville ne se résume pas à ses attractions, à la consommation et à ce qu’on peut s’offrir ou s’acheter.

Pour vraiment comprendre un endroit, il faut comprendre les personnes qui y vivent, leurs défis, leurs réussites, et aussi les mécanismes de solidarité qui permettent à une communauté de prendre soin des plus vulnérables. C’est ce que j’ai découvert récemment en passant une matinée comme bénévole à la Calgary Food Bank (La banque alimentaire de Calgary).

Une organisation impressionnante

Avant cette expérience, j’imaginais la banque alimentaire comme beaucoup de gens : un lieu où l’on collecte des dons avant de les redistribuer aux personnes dans le besoin, sans plus.

La réalité est plus complexe. Derrière chaque distribution se cache une organisation remarquablement bien huilée. Les colis ne sont pas préparés au hasard. Ils sont adaptés à la taille des familles, à leurs besoins spécifiques et aux éventuelles restrictions alimentaires.

Au cours de mon bénévolat, j’ai aidé à la préparation des protéines. Selon les besoins, les colis pouvaient contenir du bœuf, du poulet, de la viande halal, des œufs ou encore du lait. Les familles avec de jeunes enfants reçoivent également des produits adaptés aux bébés, notamment du lait et des couches. On pense aussi aux femmes, en ajoutant aux colis des produits pour les besoins intimes, dans les colis qui le nécessitent.

J’ai également été impressionnée par le nombre de personnes nécessaires pour faire fonctionner un quart de distribution. Pour un shift d’environ trois heures, il faut près de vingt-cinq personnes, encadrés par une poignée de personnes présentes de façon régulière, souvent des retraités qui donnent généreusement de leur temps semaine après semaine. Il faut donc des personnes qui récupèrent les tickets avec les besoins de chaque foyer et sélectionne les différents (produits en conserve, huiles, légumes et fruits, céréales/petit déjeuners, pains, produits laitiers, riz….), ceux qui préparent les compléments à joindre à chaque cadi ( yaourt, laits végétaux , protéines etc), ceux qui vont ensuite concrètement emmener ces cadis aux voitures ou aux personnes qui viennent récupérer leur colis.

Cette organisation repose donc autant sur les dons alimentaires et financiers, que sur l’engagement humain.

Une réalité qui m’a surprise

Comme beaucoup de personnes, j’avais probablement une vision incomplète du profil des bénéficiaires. Je pensais spontanément aux personnes sans emploi. Pourtant, j’ai découvert une réalité beaucoup plus nuancée. Parmi les personnes aidées figurent des travailleurs, des étudiants et des parents seuls.

Des personnes qui, malgré leurs efforts, peinent à faire face à l’augmentation du coût de la vie. Cette réalité m’a particulièrement marquée.

Calgary est souvent présentée comme une ville prospère, et elle l’est sans conteste. Elle compte parmi les villes les plus dynamiques du Canada, elle compte beaucoup de millionnaires et accueille de nombreuses entreprises. Pourtant, comme partout ailleurs, la prospérité n’est pas répartie de manière uniforme. Derrière les vitrines des centres commerciaux, les tours de bureaux et les nouveaux quartiers résidentiels, certaines familles doivent faire des arbitrages difficiles pour boucler leur budget.

Cette matinée rappelle qu’une ville se compose aussi d’une multitude de réalités.

La dignité avant tout

S’il y a un mot qui résume cette expérience, pour moi, c’est sans doute celui-ci : dignité. À aucun moment je n’ai eu l’impression que l’objectif était simplement de distribuer de la nourriture. Tout est pensé pour répondre aux besoins des familles avec respect. Les colis sont adaptés aux situations de chacun. Les préférences et restrictions alimentaires sont prises en compte. Les produits sont sélectionnés avec soin.

Mais ce sont les petits détails qui m’ont le plus touchée. J’ai appris que lorsqu’il y a un anniversaire dans la famille bénéficiaire, un gâteau est ajouté au colis. Dans les cas où c’est un enfant qui fête son anniversaire un cadeau accompagne également la distribution. Ces gestes font preuve d’une délicatesse et d’une attention remarquables.

A eux seuls, ils témoignent d’une conviction profonde : les personnes qui traversent une période difficile méritent d’être aidées sans perdre leur dignité. Cette attention à l’humain m’a profondément marquée.

Trois heures qui comptent

L’une des choses qui m’a le plus surprise est sans doute la simplicité de l’engagement demandé. Mon bénévolat n’a duré qu’environ trois heures.

Trois heures seulement.

Dans une semaine chargée, cela peut sembler peu. Pourtant, lorsque l’on voit le volume de travail accompli et le nombre de familles qui bénéficieront de cette aide, on comprend rapidement que ces quelques heures ont un véritable impact. Cette expérience m’a également rappelé que le bénévolat ne nécessite pas toujours un engagement de plusieurs mois ou de plusieurs années. Ce qui peut être pourrait être un frein pour certains. Parfois, quelques heures suffisent pour contribuer concrètement à quelque chose de plus grand que soi.

Une leçon inattendue

En quittant la banque alimentaire ce jour-là, je ne suis pas repartie avec le sentiment d’avoir accompli un exploit. Je suis surtout repartie avec davantage d’humilité. Cette matinée m’a rappelé une chose essentielle : nous ne sommes pas des électrons libres évoluant chacun dans notre coin. Nous sommes reliés les uns aux autres.

Une communauté fonctionne parce que certaines personnes donnent de leur temps, de leur énergie ou de leurs ressources lorsque d’autres traversent une période difficile. Et au cours d’une vie, il peut arriver de se retrouver de l’un ou l’autre côté de cette chaîne de solidarité.

C’est sans doute la plus belle leçon que je retiendrai de cette expérience.

Calgary est une ville que j’apprends à découvrir depuis mon installation en Alberta. Cette matinée m’en a montré un visage différent. Un visage moins visible que celui des attractions touristiques ou des grandes avenues du centre-ville.

Mais un visage profondément humain.

Et finalement, c’est peut-être celui qui m’a le plus touchée.

Cassis Bistro : un petit goût de France au cœur de Calgary 🇫🇷🍷

Cassis Bistro, l’adresse française de référence à Calgary : cuisine de bistrot, produits canadiens, ambiance francophone et petits détails qui réveillent la nostalgie de la France.

Pendant longtemps, j’ai hésité à parler de Cassis Bistro sur le blog.

Après tout, lorsqu’on visite Calgary, ce n’est généralement pas pour aller manger français. Entre les steakhouses albertains, les restaurants de barbecue, les cuisines asiatiques ou les spécialités locales, les visiteurs ont souvent envie de découvrir ce qui fait l’identité culinaire de l’Ouest canadien.

Et pourtant.

Depuis mon installation à Calgary, j’ai compris qu’un restaurant français ne s’adresse pas uniquement aux touristes de passage. Il s’adresse aussi à ceux qui vivent ici : les Français expatriés, les francophones installés en Alberta, les Canadiens francophiles ou tout simplement les amateurs de cuisine française.

Lorsqu’une envie de France se fait sentir, Cassis Bistro est souvent l’une des premières adresses qui me vient à l’esprit.

Une adresse bien connue des amateurs de cuisine française

Situé dans le quartier de Killarney, à proximité d’une des bases militaires de la ville, Cassis Bistro fait partie des adresses qui ont su traverser les années sans perdre leur identité.

Derrière le restaurant se trouve Gilles, installé au Canada depuis plus de vingt ans. Cet établissement reflète parfaitement un certain équlibre: suffisamment français pour rappeler les bistrots de l’Hexagone, suffisamment canadien pour mettre en valeur les produits locaux.

C’est probablement ce qui explique sa longévité.

Une ambiance française sans les clichés

Contrairement à l’image que l’on se fait parfois d’un bistrot français, Cassis Bistro ne mise pas sur les nappes vichy rouges et blanches ni sur une décoration cliché.

L’établissement privilégie une ambiance plus contemporaine : tables en bois, éclairage tamisé, petites bougies et décoration sobre. Les tables sont volontairement assez sobres dans leur présentation, ce qui contribue à l’atmosphère chaleureuse du lieu. Et puis il y a tous ces petits détails que les Français remarquent immédiatement.

Les serviettes de table sont en tissu.

Le foie gras est servi avec un véritable couteau Opinel.

Le gros sel est présenté dans un petit contenant en porcelaine qui rappelle celles que l’on trouve dans certaines régions françaises, notamment à proximité des marais salants.

Au fond de la salle, des films français sont projetés en continu sur un mur. Selon les soirs, vous pourrez apercevoir Fernandel, Louis de Funès ou encore The Artist avec Jean Dujardin. Aucun de ces détails n’est essentiel à lui seul. Mais mis bout à bout, ils créent une atmosphère qui parle immédiatement aux francophones.

Une cuisine française adaptée au Canada

L’une des grandes qualités de Cassis Bistro est de ne pas chercher à reproduire la France à l’identique. Le restaurant compose intelligemment avec les réalités canadiennes et les ressources locales. Les moules marinières sont préparées avec des moules de l’Île-du-Prince-Édouard.

Le foie gras constitue un autre excellent exemple de cette adaptation. En raison de la réglementation canadienne, il n’est pas importé de France. Cassis Bistro travaille avec des producteurs québécois et le produit est ensuite préparé sur place par le chef.

Cette approche permet au restaurant de préserver l’esprit de la cuisine française tout en valorisant des producteurs canadiens.

Une carte qui évolue peu… et c’est une qualité

Dans un monde où certains restaurants changent complètement leur menu plusieurs fois par an, Cassis Bistro a choisi une autre voie.

La carte évolue peu.

Pour certains, cela pourrait sembler surprenant. Pour moi, c’est plutôt le signe d’une maison qui connaît ses forces et qui ne cherche pas à suivre toutes les tendances du moment.

Les grands classiques demeurent :

  • les moules marinières ;
  • le foie gras ;
  • le tartare de bœuf ;
  • le steak-frites ;
  • les plats de poisson ;
  • la tapenade

Cette stabilité permet à l’équipe de perfectionner des recettes éprouvées tout en proposant suffisamment de variété grâce au poisson du marché et aux plats du jour.

Les habitués savent qu’ils retrouveront leurs favoris lors de leur prochaine visite.

Dans mon assiette

Au fil de nos visites, nous avons eu l’occasion de goûter plusieurs plats de la carte.

Les moules marinières figurent parmi nos valeurs sûres. Servies dans une sauce crémeuse au vin blanc, elles constituent une belle porte d’entrée dans l’univers du restaurant.

Le foie gras est également un incontournable. Accompagné de pain noir et de ses condiments, il rappelle immédiatement certaines tables françaises tout en mettant en avant le savoir-faire de la maison.

Le tartare de bœuf est préparé dans la plus pure tradition du bistrot français.

Les plats de poisson, quant à eux, évoluent davantage selon les arrivages et les inspirations du chef.

Lors de l’une de nos visites, nous avons également dégusté un magnifique magret de canard accompagné d’une purée particulièrement onctueuse.

Des plats généreux, bien exécutés, qui privilégient les produits et les saveurs plutôt que les effets de mode.

Et les desserts ?

Je dois avouer que nous n’arrivons pas toujours jusqu’au dessert.

Les portions sont suffisamment généreuses pour que nous quittions souvent la table déjà parfaitement rassasiés.

J’ai toutefois eu la chance de goûter une excellente île flottante lors de l’une de nos visites. Copieuse, gourmande et délicieusement régressive, elle m’a immédiatement rappelé certains desserts de mon enfance.

Elle n’est malheureusement pas toujours à la carte, ce qui la rend sans doute encore plus appréciable lorsqu’elle fait son apparition.

Un restaurant pour les occasions spéciales

Soyons honnêtes : Cassis Bistro n’est pas l’adresse où nous allons toutes les semaines.

Les prix reflètent le niveau de la cuisine, du service et des produits utilisés.

C’est plutôt le genre d’endroit que nous choisissons pour célébrer une occasion particulière ou tout simplement lorsque la nostalgie de la France se fait sentir.

Informations pratiques

Cassis Bistro

Adresse : 2505 17 Avenue SW, Calgary, Alberta

Je vous recommande vivement de réserver votre table à l’avance.

Le restaurant est présent sur OpenTable, mais n’hésitez pas non plus à appeler directement. Selon les périodes, cela peut parfois permettre d’obtenir une table alors que l’application affiche complet.

Pensez également à vérifier les horaires d’ouverture avant votre visite, ceux-ci pouvant évoluer selon la saison ou les jours fériés.

Mon avis

Calgary compte plusieurs boulangeries et pâtisseries françaises ou d’inspiration française. Certaines sont excellentes et méritent largement le détour.

En revanche, lorsqu’il s’agit de retrouver une véritable expérience de bistrot français, avec une cuisine soignée, un service majoritairement francophone, une ambiance chaleureuse et une identité assumée, Cassis Bistro occupe une place à part.

Le restaurant ne cherche pas à recréer Paris au cœur de Calgary.

Il propose quelque chose de plus intéressant : une rencontre entre la culture française et les produits canadiens, entre le savoir-faire de l’Hexagone et les richesses de l’Alberta.

Et parfois, lorsque l’on vit loin de la France, c’est exactement ce dont on a besoin.

Stampede Bowl : quand Calgary transforme un match de football en célébration albertaine

Découvrez le Stampede Bowl à Calgary : un match des Stampeders où football canadien, chevaux, cowbells, traditions albertaises et ambiance familiale se rencontrent.

À la télévision, on voit probablement un match de football canadien. Depuis les tribunes du McMahon Stadium, l’expérience est plus riche. Elle est dans le bruit des cloches qui s’élève après un touchdown. Dans les drapeaux rouges qui surgissent devant les gradins. Dans les papas, les grands-pères et les enfants qui agitent des pompons sans se poser de questions. Dans cette cavalière qui traverse le terrain au galop, bannière des Stampeders au vent, pendant que les feux d’artifice éclatent derrière elle.

Bienvenue au Stampede Bowl.

Ce match est encore une tradition toute jeune. La première édition a eu lieu en juillet 2025. Cette année marquait donc seulement la deuxième édition du Stampede Bowl. L’an dernier, nous y étions déjà, sans vraiment comprendre que Calgary était peut-être en train d’installer un nouveau rendez-vous annuel. Cette fois, le message était plus clair : ce n’est pas un simple match placé avant le Stampede. C’est une manière d’ouvrir la saison du Stampede à la façon de Calgary. Cette année les adversaires/invités étaient les Argonautes de Toronto.

Un match de football, oui. Mais pas seulement.

Le Stampede Bowl n’est pas intéressant parce qu’il permettrait de raconter les règles du football américain. D’autres, spécialistes de ce sport, le feraient mieux que moi. Ce qui m’a frappée, c’est plutôt la façon dont le match absorbe les codes de la ville et de la province.

À Calgary, le football ne se contente pas d’être du football. Il emprunte au monde du ranch, au Stampede, à la culture western, à l’esprit de communauté et à cette façon très nord-américaine de transformer un événement sportif en fête populaire et en spectacle. Le résultat est étonnant, mais jamais dissonant. Ce n’est pas une caricature de cowboys posée sur un match. C’est plus subtil que cela. Tout semble venir naturellement : les chapeaux, les chevaux, les cloches, les drapeaux, la musique, les familles, les bénévoles, les supporters en rouge. On est dans un stade, mais Calgary parle son langage.

McMahon Stadium, un lieu qui a déjà son histoire

Le match se déroule au McMahon Stadium, un stade qui fait partie de l’histoire sportive de Calgary. C’est ici qu’a eu lieu la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de 1988. Rien que cela donne au lieu une place particulière dans l’imaginaire de la ville. On y voit encore la torche olympique d’ailleurs. Aujourd’hui, le stade est la maison des Calgary Stampeders, mais aussi celle de l’équipe de football de l’Université de Calgary (U of C comme on l’appelle ici), les UCalgary Dinos, reconnaissables à leur symbole de taureau furieux avec son anneau dans les naseaux.

Ce n’est pas un stade ultra-moderne comme ceux que l’on associe parfois à la NFL. Il a quelque chose de plus simple, plus petit, de plus direct. Les gradins sont rouges et bleus, les structures sont visibles, le public est proche du terrain. On sent que le lieu appartient aux habitués autant qu’à l’équipe. J’ai aussi remarqué un détail important : une loge entière est réservée aux personnes à mobilité réduite, très bien placée, avec une vraie visibilité sur le terrain. Pas reléguée dans un coin. Pas traitée comme une option. Intégrée au stade.

Le match commence avant le match : le tailgating

Avant même d’entrer dans le stade, l’ambiance est déjà lancée sur le parking. C’est le principe du tailgating, cette tradition nord-américaine qui consiste à s’installer près de son véhicule avant le match. On arrive avec son truck, on ouvre le coffre, on sort de quoi manger, parfois un barbecue, des boissons, des chaises pliantes. On discute, on grignote, on se met en condition. Le match n’est pas seulement ce qui se passe entre le coup d’envoi et le coup de sifflet final. C’est une sortie complète. Et là encore, cela dit quelque chose de la culture locale : on ne vient pas uniquement consommer un spectacle. On vient prendre sa place dans une ambiance.

Quand un touchdown déclenche un galop

Dans beaucoup de stades, un touchdown déclenche de la musique, des cris, des écrans lumineux. À Calgary, il déclenche aussi le galop d’une cavalière. À chaque touchdown des Stampeders, une cavalière, cheveux au vent, traverse le bord du terrain à toute vitesse avec le drapeau rouge de l’équipe. Les feux d’artifice partent en arrière-plan, les supporters se lèvent, les cloches se mettent à sonner. C’est spectaculaire, mais surtout très cohérent. Le cheval n’est pas un accessoire posé là pour faire couleur locale. Il est au cœur de l’imaginaire du Stampede, de l’histoire ranch de l’Alberta, du nom même des Stampeders.

Ce moment résume presque tout : le sport professionnel, la culture western, l’identité albertaine et le sens du spectacle réunis en quelques secondes.

Les cowbells : le bruit de Calgary

Dans les gradins, on n’entend pas seulement des applaudissements. On entend aussi des cloches. Des cowbells. Des vraies petites cloches rouges aux couleurs des Stampeders, que les supporters agitent dès qu’il faut encourager l’équipe ou célébrer une action. Évidemment, nous sommes repartis avec la nôtre. Et je peux dire qu’elle sonne bien et fort! Une cloche rouge, avec le cheval blanc des Stampeders. Pas l’objet le plus discret du monde, mais probablement l’un des souvenirs les plus justes de cette soirée.

Parce qu’au fond, cette cloche raconte mieux l’ambiance qu’un maillot ou une casquette. Elle dit le bruit du stade. Elle dit le côté ranch assumé. Elle dit aussi cette manière très calgarienne de faire la fête sans trop se prendre au sérieux.

Des drapeaux, des pompons et des supporters qui jouent le jeu

À chaque moment fort, les drapeaux surgissent dans les tribunes. De grandes bannières rouges des Stampeders se lèvent devant les supporters. Elles ondulent au-dessus des gradins, pendant que le stade crie et que les cowbells résonnent. Mais l’image qui m’a le plus amusée, ce sont peut-être les pompons. Pas seulement dans les mains des cheerleaders. Dans les mains des enfants, des mères, des pères, des grands-pères, des supporters en maillot et chapeau de cowboy. Tout le monde participe. Personne ne semble se demander si c’est ridicule. C’est précisément ce qui rend l’ambiance attachante.

Il y a une vraie ferveur. De vrais fans. Des maillots portés avec fierté. Des habitués qui connaissent les chants, les moments, les rituels. Et l’atmosphère reste joyeuse, familiale, bon enfant. On n’est pas dans une grosse machine intimidante. On est dans une fête populaire.

La “World’s Fastest Cow” : l’humour local en plein milieu du terrain

À la pause, le stade a droit à une animation très sérieusement baptisée World’s Fastest Cow. Le principe ? Une course contre une personne déguisée en vache. Cette année, le concurrent de la fameuse “vache” était un ancien grand nom du football. Et tout le stade jouait le jeu. Parce qu’ici, faire courir une « vache  » sur un terrain de football pendant le Stampede Bowl n’a rien d’absurde. C’est presque logique. C’est exactement ce type de détail qui ne se transmet pas vraiment à la télévision. Sur un écran, on voit une animation. Dans le stade, on comprend l’esprit : un mélange d’autodérision, de références ranch, de spectacle familial et de plaisir collectif.

Des cheerleaders, une fanfare et un stade qui ne laisse jamais retomber l’énergie

Entre deux actions, les cheerleaders des Stampeders prennent le relais. Portés, acrobaties, pancartes “Make some noise” et “Get loud”, chorégraphies, sourires. Tout est fait pour maintenir l’énergie. Il y a aussi la musique, les écrans géants, les animations avec le public. Et puis il y a le groupe musical du Stampede. Plusieurs fois récompensé au niveau mondial. Je suis une grande admiratrice de leurs performances, il s’agit du Calgray Stempede Showband. Talentueux, précis, très présent. Là encore, on n’est pas seulement dans un match. On est dans une mise en scène complète, où chaque pause devient un prétexte à rappeler que le Stampede approche.

Une cavalière, un drapeau canadien et l’hymne

L’un des moments les plus marquants a eu lieu pendant l’hymne national, en tout début de rencontre. Une cavalière a traversé le stade à toute vitesse avec le drapeau canadien. Le public debout, le grand drapeau sur le terrain, la musique, les chapeaux, le cheval lancé au galop : difficile de faire plus canadien. Et difficile de faire plus albertain. Ce moment aurait pu être trop solennel. Il ne l’était pas. Il était impressionnant, mais simple. Spectaculaire, mais sans lourdeur. À l’image de l’événement.

Une ville qui célèbre aussi ceux qui la font vivre

Le Stampede Bowl ne se limite pas aux joueurs et au spectacle. Au cours du match, deux personnes de la communauté ont été mises à l’honneur sur l’écran géant. L’une est connue comme beer guy pendant les matchs. L’autre, en fauteuil roulant, accueille les spectateurs lors des rencontres. Tous deux vivent avec un handicap. Tous deux font partie de l’expérience du stade. Et ce soir-là, ils ont reçu le White Hat du maire de Calgary, ce chapeau blanc emblématique remis aux personnes qui incarnent l’hospitalité et l’esprit de la ville.

J’ai trouvé ce moment très parlant. Dans un stade, on applaudit évidemment les joueurs. Mais ici, on a aussi pris le temps de célébrer ceux qui rendent le lieu vivant, accueillant, humain. Cela ajoute une autre dimension à l’événement. Le Stampede Bowl ne raconte pas seulement le folklore western. Il raconte aussi une certaine idée de la communauté et du vivre ensemble dans la diversité.

Pas un match comme les autres

Ce soir-là, les Stampeders affrontaient les Argonauts de Toronto. Il y avait un score, des actions, des touchdowns, des supporters attentifs au jeu. Mais pour ma part, ce n’est pas ce que je retiens d’abord. Le Stampede Bowl n’est pas encore une vieille tradition. Il n’en est qu’à sa deuxième édition. Mais justement, c’est ce qui le rend intéressant : on a l’impression d’assister à la naissance d’un rituel.

Un rituel très calgarien. Pas un simple match avant le Stampede.

Une manière de dire que, pendant cette période de l’année, même le football se met à parler le langage de l’Alberta.

Je pensais aller voir un rodéo.

J’ai assisté au First Nations Rodeo & Relay de Calgary. Une soirée où le rodéo rencontre les traditions autochtones, les chevaux, les familles et l’esprit des Prairies.

Il y a des soirées dont on connaît déjà le scénario, ou en tout cas c’est ce que l’on croit. On sait à peu près ce qu’on va voir, ce qu’on va vivre, et ce qu’on va raconter ensuite.

Je pensais que celle-ci en faisait partie. En somme des chevaux. Des cow-boys. Des taureaux. Quelques épreuves de rodéo. Et probablement une ou deux belles photos pour mon fil photos et fin de l’histoire.

Je me suis trompée.


Samedi soir, les gradins du GMC Stadium se remplissent doucement. Autour de moi, beaucoup de chapeaux de cowboys. Des familles. un public varié. Une dame autochtone passe devant nous vêtue d’un magnifique regalia.

À l’entrée, les immenses lettres rouges l’annoncent déjà.

YAHOO.

Pas Yee-haw. Le rodéo de Calagary a pour cri de ralliement Yahoo, les vrais savent.


Puis le spectacle commence. Des personnalités liées à l’organisation du Rodéo prennent la parole et déclarent le rodéo ouvert, à leurs côtés des membres éminents des communautés autochtones. Des chants autochtones résonnent dans le stade.

Les premières épreuves commencent. Le programme annonce du team roping, du saddle bronc, du steer wrestling…

Au fil du spectacle je comprends quelque chose, certains concurrents reviennent. Le même concurrent apparaît en tie-down roping, puis plus tard dans une autre discipline. On découvre donc des athlètes capables d’exceller dans plusieurs spécialités au cours d’une même soirée.


Puis arrive le barrel racing. Je suis sensible aux performances des femmes, surtout dans ce milieu que l’on s’imagine très masculin. J’attendais cette épreuve. Sur l’écran géant, les noms défilent.

Parmi eux :

Quinley Inman.

Je ne sais pas encore qu’elle n’a que dix ans. Dix ans. Elle termine pourtant deuxième de sa série face à des concurrentes bien plus expérimentées. À moins de trois dixièmes de seconde de la première. Pendant quelques secondes, tout le stade oublie son âge. Elle n’est plus « la petite ». Elle est une concurrente et déja une très grande.


Quelques minutes plus tard, un autre nom attire mon attention. Jayce Carlson. Le speaker raconte qu’elle est championne. Puis il ajoute presque en passant qu’elle est aussi survivante d’un cancer du sein. Ce soir-là, les biographies racontent en disent au moins autant que les chronomètres.


Un peu plus tard encore, je remarque Cam Ousley. Puis Dontre’ Goff. Deux cow-boys noirs. Tous deux originaires de l’Oklahoma. L’un est double champion du monde. Hollywood nous a raconté une certaine histoire de l’Ouest. Le stade et la réalité en racontent une autre.


Les représentants des Premières Nations prennent la parole en milieu de soirée. Un discours retentit.

On entend ceci, pendant que des chevaux courent dans l’arène.

« The horse is a relative (le cheval est un parent/un membre de notre famille).

It is a helper (il est une aide).

It reflects the value of generosity. (il incarne la générosité)»

Ces mots m’interpellent Un relative. Pas un partenaire. Pas un outil.

Un parent.

Quelques minutes plus tard, c’est le bison, et nos avons eu la chance d’en voir un dans l’arène; on mesure alors sa force sa taille.

« It gave us the means to live upon this land (il nous a dinné les moyens de vivre sur cette terre).

It is a teacher (il est un enseignant).

Through it, we learn humility. (à travers lui nous apprenons l’humilité)»

Je note les phrases presque mot pour mot dans mon téléphone, tant ils me surprennent et m’émeuvent. J’étais juste venue voir du rodéo. Voilà qu’on me parle de générosité, d’humilité et de respect.


Entre deux compétitions, personne ne quitte vraiment son siège. Il n’y a pas « l’entracte ». À la place, un hoop dancer entre dans l’arène. Les cerceaux deviennent aigle, papillon, serpent. Puis viennent les chanteurs, accompagnés des tambours, ainsi que les danseuses en regalia. Ces prestations ne sont pas un intermède. Elles font partie de la soirée. Au même titre que le rodéo.


Puis arrive la dernière épreuve. On m’avait dit d’attendre le relay race.

Le présentateur explique les règles, mais on se dit qu’à voir en vrai ce sera étonnant. Les avertis sont impatients. Quant à nous, les novices on comprend pourquoi dès le premier changement de cheval. Tout semble partir dans tous les sens. Les chevaux arrivent au galop après un tour d’hippodrome. Les cavaliers sautent à terre. Ils remontent sur une nouvelle monture sans selle ni étriers.

Dans la cacophonie, Un cheval repart tout seul. Un cavalier retombe. Une équipe passe de la première à la dernière place en quelques secondes.

Le stade entier est debout.

C’est un joyeux bazar. Mais un joyeux bazar parfaitement orchestré. Et surtout…On encourage tout le monde. Même les derniers.


Quand les vainqueurs montent sur scène, ils ne repartent pas avec une coupe. Ils repartent avec une immense boucle de ceinture finement ouvragée. Dans le monde du rodéo, c’est bien ça le trophée. C’est un morceau d’histoire que l’on porte à la taille.


En quittant le stade, je repense à cette phrase entendue au tout début.

« Tonight, we honour the spirit of the prairie. (ce soir nous honorons l’esprit des prairies) »

Je crois que c’est précisément ce que j’ai vu. Pas un spectacle folklorique. Pas une carte postale du Far West. Mais une soirée où le sport, les familles, les chevaux, les bisons, les chants, les enfants, les champions, les anciens et les Premières Nations racontent ensemble une histoire des Prairies. Une histoire de cette terre que nous habitons.