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J’ai assisté au First Nations Rodeo & Relay de Calgary. Une soirée où le rodéo rencontre les traditions autochtones, les chevaux, les familles et l’esprit des Prairies.
Il y a des soirées dont on connaît déjà le scénario, ou en tout cas c’est ce que l’on croit. On sait à peu près ce qu’on va voir, ce qu’on va vivre, et ce qu’on va raconter ensuite.
Je pensais que celle-ci en faisait partie. En somme des chevaux. Des cow-boys. Des taureaux. Quelques épreuves de rodéo. Et probablement une ou deux belles photos pour mon fil photos et fin de l’histoire.
Je me suis trompée.
Samedi soir, les gradins du GMC Stadium se remplissent doucement. Autour de moi, beaucoup de chapeaux de cowboys. Des familles. un public varié. Une dame autochtone passe devant nous vêtue d’un magnifique regalia.
À l’entrée, les immenses lettres rouges l’annoncent déjà.
YAHOO.
Pas Yee-haw. Le rodéo de Calagary a pour cri de ralliement Yahoo, les vrais savent.
Puis le spectacle commence. Des personnalités liées à l’organisation du Rodéo prennent la parole et déclarent le rodéo ouvert, à leurs côtés des membres éminents des communautés autochtones. Des chants autochtones résonnent dans le stade.
Les premières épreuves commencent. Le programme annonce du team roping, du saddle bronc, du steer wrestling…
Au fil du spectacle je comprends quelque chose, certains concurrents reviennent. Le même concurrent apparaît en tie-down roping, puis plus tard dans une autre discipline. On découvre donc des athlètes capables d’exceller dans plusieurs spécialités au cours d’une même soirée.
Puis arrive le barrel racing. Je suis sensible aux performances des femmes, surtout dans ce milieu que l’on s’imagine très masculin. J’attendais cette épreuve. Sur l’écran géant, les noms défilent.
Parmi eux :
Quinley Inman.
Je ne sais pas encore qu’elle n’a que dix ans. Dix ans. Elle termine pourtant deuxième de sa série face à des concurrentes bien plus expérimentées. À moins de trois dixièmes de seconde de la première. Pendant quelques secondes, tout le stade oublie son âge. Elle n’est plus « la petite ». Elle est une concurrente et déja une très grande.
Quelques minutes plus tard, un autre nom attire mon attention. Jayce Carlson. Le speaker raconte qu’elle est championne. Puis il ajoute presque en passant qu’elle est aussi survivante d’un cancer du sein. Ce soir-là, les biographies racontent en disent au moins autant que les chronomètres.
Un peu plus tard encore, je remarque Cam Ousley. Puis Dontre’ Goff. Deux cow-boys noirs. Tous deux originaires de l’Oklahoma. L’un est double champion du monde. Hollywood nous a raconté une certaine histoire de l’Ouest. Le stade et la réalité en racontent une autre.
Les représentants des Premières Nations prennent la parole en milieu de soirée. Un discours retentit.
On entend ceci, pendant que des chevaux courent dans l’arène.
« The horse is a relative (le cheval est un parent/un membre de notre famille).
It is a helper (il est une aide).
It reflects the value of generosity. (il incarne la générosité)»
Ces mots m’interpellent Un relative. Pas un partenaire. Pas un outil.
Un parent.
Quelques minutes plus tard, c’est le bison, et nos avons eu la chance d’en voir un dans l’arène; on mesure alors sa force sa taille.
« It gave us the means to live upon this land (il nous a dinné les moyens de vivre sur cette terre).
It is a teacher (il est un enseignant).
Through it, we learn humility. (à travers lui nous apprenons l’humilité)»
Je note les phrases presque mot pour mot dans mon téléphone, tant ils me surprennent et m’émeuvent. J’étais juste venue voir du rodéo. Voilà qu’on me parle de générosité, d’humilité et de respect.
Entre deux compétitions, personne ne quitte vraiment son siège. Il n’y a pas « l’entracte ». À la place, un hoop dancer entre dans l’arène. Les cerceaux deviennent aigle, papillon, serpent. Puis viennent les chanteurs, accompagnés des tambours, ainsi que les danseuses en regalia. Ces prestations ne sont pas un intermède. Elles font partie de la soirée. Au même titre que le rodéo.
Puis arrive la dernière épreuve. On m’avait dit d’attendre le relay race.
Le présentateur explique les règles, mais on se dit qu’à voir en vrai ce sera étonnant. Les avertis sont impatients. Quant à nous, les novices on comprend pourquoi dès le premier changement de cheval. Tout semble partir dans tous les sens. Les chevaux arrivent au galop après un tour d’hippodrome. Les cavaliers sautent à terre. Ils remontent sur une nouvelle monture sans selle ni étriers.
Dans la cacophonie, Un cheval repart tout seul. Un cavalier retombe. Une équipe passe de la première à la dernière place en quelques secondes.
Le stade entier est debout.
C’est un joyeux bazar. Mais un joyeux bazar parfaitement orchestré. Et surtout…On encourage tout le monde. Même les derniers.
Quand les vainqueurs montent sur scène, ils ne repartent pas avec une coupe. Ils repartent avec une immense boucle de ceinture finement ouvragée. Dans le monde du rodéo, c’est bien ça le trophée. C’est un morceau d’histoire que l’on porte à la taille.
En quittant le stade, je repense à cette phrase entendue au tout début.
« Tonight, we honour the spirit of the prairie. (ce soir nous honorons l’esprit des prairies) »
Je crois que c’est précisément ce que j’ai vu. Pas un spectacle folklorique. Pas une carte postale du Far West. Mais une soirée où le sport, les familles, les chevaux, les bisons, les chants, les enfants, les champions, les anciens et les Premières Nations racontent ensemble une histoire des Prairies. Une histoire de cette terre que nous habitons.
Plongez au cœur du site UNESCO Head-Smashed-In Buffalo Jump : culture Blackfoot, chasse au bison, légendes, rituels et paysages saisissants de l’Alberta.
Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, Head-Smashed-In Buffalo Jump est l’un des lieux les plus puissants pour comprendre l’histoire des peuples Blackfoot (Niitsitapi), la relation sacrée avec le bison et l’ingéniosité millénaire des techniques de chasse qui ont façonné les Prairies pendant près de 6 000 ans.
C’est un site spectaculaire, mais aussi un lieu de mémoire. On y vient pour les paysages infinis, pour les bisons, pour la falaise… et on en repart avec un regard différent sur la manière dont les peuples autochtones vivaient en harmonie avec cet environnement. On découvre aussi un centre d’interprétation qui, malgré un contenu très riche, gagnerait aujourd’hui à être modernisé et à proposer davantage d’explications en français.
🌾 Un musée encastré dans la colline, face aux Prairies
La première surprise, c’est l’architecture du musée : le bâtiment est littéralement encastré dans la colline. Depuis le plateau, il se fond presque dans le relief, comme pour ne pas perturber la ligne naturelle des plaines. C’est un geste architectural fort, qui respecte le caractère sacré du paysage.
À l’intérieur, de grandes baies vitrées ouvrent sur une vue saisissante : les Prairies à perte de vue, une lumière changeante, un ciel immense. On imagine sans difficulté les immenses troupeaux de bisons, ou inii, qui se déplaçaient autrefois sur ces terres.
🪶 Niitsitapi, “les vrais humains” : les peuples Blackfoot
Head-Smashed-In Buffalo Jump se trouve sur le territoire des Niitsitapi, que l’on appelle souvent les Blackfoot. Le centre d’interprétation consacre plusieurs espaces à leur culture, à leur histoire et à leur présence aujourd’hui. On y apprend par exemple quelques mots de la langue :
Oki : bonjour
Inii : bison
Pis’kun : buffalo jump
Niitsitapi : “vrais humains”, les peuples Blackfoot
Naápiikoan : personne non-Blackfoot
Plusieurs panneaux évoquent aussi la vie actuelle des communautés Blackfoot, leurs drapeaux, les pow-wow, les célébrations et la façon dont cette culture continue de vivre aujourd’hui. C’est un point très positif du musée.
On remarque toutefois que certains textes de l’exposition utilisent encore le terme “Indian”, une terminologie héritée d’époques passées, aujourd’hui jugée inappropriée et blessante. On sent que le contenu mériterait une mise à jour pour refléter un vocabulaire plus respectueux et actuel.
🪨 L’origine du nom “Head-Smashed-In”
Le nom du site vient d’une ancienne légende Blackfoot. Un jeune garçon, fasciné par les bisons, voulait assister à la chasse de très près. Il se serait posté sous la falaise, dans une cavité rocheuse, pour voir les animaux tomber devant lui. Mais lors de la grande chasse, les bisons se sont précipités du haut de la falaise et les carcasses se sont accumulées. On raconte que le garçon aurait été retrouvé la tête écrasée, ce qui aurait donné au lieu son nom dramatique : Head-Smashed-In.
Au-delà de l’anecdote, cette histoire rappelle la puissance du bison, la force de la nature et le caractère sacré de ce paysage. On ne domine pas ce lieu : on cohabite avec lui.
💡 Le savais-tu ?
Pendant près de 6 000 ans, les peuples Blackfoot ont chassé le bison sur ce site sans épuiser les troupeaux. En quelques décennies seulement, la chasse européenne à une échelle quasi industrielle, a pratiquement fait disparaître les bisons des Prairies nord-américaines.
🐃 Comment fonctionnait un buffalo jump ?
Le buffalo jump n’était pas une chasse improvisée. C’était une opération extrêmement coordonnée, qui combinait connaissance fine du terrain, compréhension du comportement animal et rituels spirituels. Le mot blackfoot pour désigner ce type de site est Pis’kun.
🔸 Avant la chasse : chants et préparation spirituelle
Avant de conduire les bisons vers la falaise, la communauté faisait appel à une Femme dotée de dons spirituels. Par son chant, elle invoquait l’esprit du bison. Ce chant, dit-on, “voyageait sur la plaine” et établissait un lien entre les humains et les animaux. La chasse n’était pas qu’un acte de survie : c’était aussi un acte sacré.
🔸 Imiter le loup, rassurer comme un veau
Les bisons craignent naturellement les loups. Les chasseurs Blackfoot utilisaient cette connaissance à leur avantage :
Certains rabatteurs portaient des peaux de loups, dont l’odeur suffisait à affoler et orienter les bisons dans une direction donnée.
Un autre chasseur, plus petit, portait une peau de jeune bison. Son gabarit faisait croire au troupeau qu’il s’agissait d’un calf (veau) perdu ou en détresse. Les femelles, très protectrices, avaient tendance à se diriger vers lui.
Ces techniques reposaient sur une observation très fine du comportement animal : peur des prédateurs, instinct maternel, dynamique de groupe. Les troupeaux sont d’ailleurs menés par une femelle leader, que les autres suivent quasi systématiquement.
🔸 Les drive lanes : guider le troupeau vers la falaise
Sur le plateau, des rabatteurs se positionnaient en éventail pour empêcher les bisons de se disperser. Ils criaient, agitaient des peaux, utilisaient le relief et le vent pour orienter les animaux. Peu à peu, le troupeau se retrouvait canalisé dans des couloirs de rabattage, les drive lanes.
Dans le musée, une grande maquette du Pis’kun rend cette organisation très concrète. On y voit le plateau où paissent les bisons, puis la falaise, et enfin la zone de traitement des carcasses au pied du saut. La maquette montre le gathering basin, où les animaux étaient rassemblés, puis les drive lanes matérialisées par des cairns de pierres, de branches et de bouses. Le troupeau était conduit vers le bord, jusqu’au moment de panique où se produisait la stampede, la course désespérée qui projetait les bisons dans le vide. En bas, toute la communauté se mobilisait sur le kill site, puis dans la zone de transformation des carcasses. On réalise alors l’ampleur de la coopération nécessaire pour chaque chasse.
Un bison mâle adulte peut peser jusqu’à une demi-tonne, et un veau naît déjà autour de 40 kg. La force dégagée par une stampede de plusieurs dizaines d’animaux est difficile à imaginer… tant qu’on n’a pas vu ce site.
🔸 Après la chasse : respect absolu de l’animal
Pour les Niitsitapi, le bison n’était pas une simple “ressource” mais un parent non humain. Tout était utilisé :
viande fraîche ou séchée,
peaux pour les tipis, vêtements et mocassins,
tendons pour les arcs et les cordes,
os pour fabriquer outils, aiguilles et armes,
graisse pour la cuisine ou les lampes,
organes et estomac utilisés comme récipients naturels.
L’un des éléments les plus fascinants exposés au musée est la technique utilisée pour faire bouillir l’eau : les Blackfoot creusaient un trou qu’ils imperméabilisaient en broyant des os de bisons, avant d’y verser de l’eau chauffée avec des pierres brûlantes. Ingénieux, écologique et terriblement efficace.
🐕 Les chiens, compagnons indispensables des Blackfoot
Avant l’arrivée des chevaux sur les Plaines, les Niitsitapi vivaient et se déplaçaient avec l’aide précieuse de leurs chiens. Ces animaux étaient de véritables alliés du quotidien. Ils tiraient notamment un travois, une sorte de brancard composé de deux longues perches (les mêmes qui formaient l’armature du tipi) reliées entre elles.
Lorsque les groupes se déplaçaient, les perches du tipi étaient démontées et fixées derrière le chien, et la grande peau qui formait l’enveloppe du tipi était roulée et attachée dessus. Les chiens transportaient ainsi une partie du campement, permettant au groupe de voyager plus vite et plus loin.
Tout ce que les chiens ne pouvaient pas porter était réparti entre les hommes et les femmes, chacun contribuant à l’effort collectif. On comprend alors à quel point la vie sur les Plaines reposait sur une organisation fine, où humains, chiens et bisons jouaient chacun un rôle essentiel.
📜 Les Blackfoot Winter Counts : un calendrier de mémoire
Un autre élément marquant de l’exposition est le panneau consacré aux Winter Counts. Il s’agit de calendriers pictographiques, parfois peints sur des peaux de bisons, où chaque année est résumée par un symbole :
une bataille,
une épidémie,
un hiver particulièrement rude,
un événement spirituel,
l’arrivée d’un groupe ou d’un objet nouveau.
Chaque pictogramme représente une année entière de souvenirs, racontée ensuite oralement par les gardiens de la mémoire. C’est un système d’archives à la fois artistique, historique et profondément humain.
✨ Napi, le Créateur et le filou sacré
Le musée consacre aussi un espace à Napi, figure centrale de la spiritualité Blackfoot. Napi est à la fois créateur, enseignant et filou sacré. La tradition raconte qu’il a :
créé les deux premiers bisons, l’un partant au nord, l’autre au sud,
modelé le premier humain à partir de boue,
doté les humains de dons et de responsabilités,
insisté sur le fait que nous ne devons pas être paresseux, mais faire notre part dans ce monde.
Cette histoire donne une profondeur supplémentaire à la relation entre les Niitsitapi, le bison et le paysage : tout est lié, tout a été pensé pour fonctionner ensemble.
🏛️ Un musée riche… mais qui vieillit
Le centre d’interprétation a beaucoup de potentiel : les contenus sont riches, les maquettes sont parlantes, les panneaux mettent en avant la culture Blackfoot et dénoncent clairement les ravages causés par la chasse massive et éffrénée européenne. On y voit par exemple les manteaux de chasseurs de peaux (hide hunters) et les témoignages du quasi-extermination du bison au XIXe siècle. Ces chasseurs ont décimé les populations de bisons, pour le simple plaisir de la chasse, estimant sans doute à tort que la ressource était inépuisable. On a des récits de carcasses de bisons empilées par dizaines et laissées à pourrir en plein air, par ces chasseurs peu soucieux de durabilité.
Mais lorsqu’on a précédemment visité le Royal Alberta Museum (RAM) d’Edmonton, la comparaison peut être au désavantage de ce site. Head-Smashed-In souffre d’un côté un peu ancien: typographie datée, vitrines un peu chargées, terminologie à actualiser et absence de panneaux en français. Rien qui empêche la visite d’être intéressante, mais assez pour donner envie d’une mise à jour à la hauteur de l’importance du site.
📅 Quand visiter Head-Smashed-In Buffalo Jump ?
Après cette visite, je recommanderais :
Septembre – octobre : probablement la meilleure période. Les températures sont encore agréables, les paysages d’automne sont magnifiques et le vent reste supportable.
Été (juillet–août) : sur le plateau, il peut faire très chaud et il y a peu d’ombre. Prévoyez chapeau, eau et crème solaire.
Juste après les premières neiges : c’est là que les routes secondaires, comme la 785, deviennent vraiment traîtresses.
En hiver : le site reste ouvert, mais les conditions sont rudes. À réserver aux plus motivés (et bien équipés).
📍 Infos pratiques
Adresse : 275068 Secondary Highway 785, Fort Macleod, Alberta, Canada.
Distance depuis Calgary : environ 1 h 30 à 2 h de route en voiture (selon le trafic et la météo).
Accès recommandé : privilégier la Highway 2. Éviter la route 785 en automne et en hiver : gravillons, neige fondue et ornières profondes peuvent rendre la conduite difficile et endommager la voiture.
Horaires : généralement ouvert du mercredi au dimanche, de 10 h à 17 h (fermé le lundi et le mardi – vérifier les horaires à jour avant la visite).
Tarifs indicatifs :
Adultes : 15 CAD
Seniors (65+) : 13 CAD
Jeunes (7–17 ans) : 10 CAD
Enfants (0–6 ans) : gratuit
Famille (2 adultes + jeunes) : 40 CAD
🚗 La route 785 : notre mésaventure à ne pas reproduire
Pour gagner quelques minutes, notre GPS nous a proposé de passer par la route 785. Mauvaise idée! Sur près de 23 km, nous avons roulé sur un mélange de gravillons et de neige fondue, avec des ornières profondes par endroits. Nous avons vraiment eu peur que la voiture ne s’embourbe ou ne cale.
Les gravillons sont aussi un risque pour la carrosserie et le pare-brise, surtout lorsqu’on croise d’autres véhicules. Résultat : une voiture repeinte couleur boue de la tête aux pieds, et un bon stress en prime. Clairement, je ne recommande pas cet itinéraire, surtout en automne et en hiver.
🧭 Bilan : un site qui marque durablement
Malgré un musée qui mériterait une modernisation et des panneaux à actualiser, Head-Smashed-In Buffalo Jump reste un lieu majeur en Alberta. On y comprend :
l’ingéniosité des peuples Blackfoot,
la profondeur de leur relation au bison,
la dimension spirituelle de la chasse,
l’ampleur des ravages causés par la colonisation et la chasse industrielle.
Entre la falaise, les plaines, les histoires de Napi, les Winter Counts et les reconstitutions du Pis’kun, c’est un endroit qui reste longtemps en tête. Si vous aimez l’histoire, les grands espaces et les cultures autochtones, c’est une visite à faire au moins une fois lors d’un séjour en Alberta. 🦬
Le 30 septembre, le Canada se pare d’orange pour se souvenir des enfants autochtones arrachés à leurs familles et placés dans les pensionnats. En Alberta, cette histoire a laissé des cicatrices profondes. Aujourd’hui, le mouvement « Every Child Matters » rappelle que chaque vie compte, et que la réconciliation passe par la mémoire, l’écoute et l’action collective. 🧡
Un passé douloureux à reconnaître
Au Canada, le slogan « Every Child Matters » – « Chaque enfant compte » est intimement lié à l’histoire des écoles résidentielles pour Autochtones. Entre le XIXᵉ siècle et la fin du XXᵉ, plus de 150 000 enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis ont été retirés de force à leurs familles pour être envoyés dans ces pensionnats.
Officiellement, leur but était « l’assimilation ». En réalité, ces écoles ont provoqué des souffrances immenses : perte des langues et cultures autochtones, maltraitances physiques et psychologiques, abus sexuels, conditions de vie précaires… Des milliers d’enfants n’en sont jamais revenus. Ces drames ont marqué des générations entières et laissent encore aujourd’hui des traumatismes profonds dans les communautés autochtones.
L’Alberta et les pensionnats autochtones
L’Alberta a été particulièrement marquée par le système des pensionnats. On y comptait plus de 26 écoles résidentielles au fil du temps — certaines des plus grandes et tristement célèbres du pays.
Pensionnat d’Ermineskin à Maskwacîs (anciennement Hobbema), un des plus vastes pensionnats du Canada.
Pensionnat Blue Quills, d’abord établi à Lac La Biche puis déplacé à St. Paul en 1931, devenu dans les années 1970 le premier pensionnat géré par des Autochtones.
Pensionnat St. Bernard à Grouard, dans le nord de la province.
Plusieurs établissements autour d’Edmonton (St. Albert, Youville, Assumption…).
Pensionnat de Kainai près de Cardston, sur le territoire des Blood/Kainai.
Des milliers d’enfants autochtones de l’Alberta — Cris, Dénés, Pieds-Noirs, Nakodas, Métis — ont été envoyés dans ces institutions. Le dernier pensionnat de la province, Blue Quills, n’a cessé de fonctionner qu’en 1990.
La Journée du chandail orange
Chaque 30 septembre, le Canada commémore cette histoire lors de l’Orange Shirt Day – la Journée du chandail orange.
Cette date est née du témoignage de Phyllis Webstad, survivante d’une école résidentielle. Le jour de son arrivée, on lui a retiré le chandail orange neuf offert par sa grand-mère. Ce vêtement, symbole d’amour et d’identité, lui fut enlevé comme tant d’autres choses : la dignité, la culture, l’enfance.
Aujourd’hui, porter du orange le 30 septembre est un geste de mémoire et de solidarité : honorer les victimes, soutenir les survivants, rappeler que chaque enfant compte.
Attention aux produits dérivés : un symbole n’est pas une marque. Le message « Every Child Matters » n’est pas une marque déposée — et de nombreux chandails ou objets orange sont aujourd’hui vendus à des fins purement commerciales. Pour que votre geste ait un véritable sens, il est essentiel de vous assurer que vos achats soutiennent les communautés concernées. Privilégiez les chandails et articles « Every Child Matters » vendus directement par des artisans et entreprises autochtones, ou par des partenaires qui reversent réellement les bénéfices aux Premières Nations (comme Monnstone, Canadian Tire, London Drugs ou d’autres distributeurs collaborant avec des créateurs autochtones). Chaque achat conscient devient alors une forme de solidarité, et non une simple tendance.
Témoignages des survivants
« Les violences physiques étaient quotidiennes… si je ne faisais pas les choses comme ils le voulaient, on me traitait de sale, stupide Indien qui ne vaudrait jamais rien. » — John Jones, survivant du pensionnat d’Alberni (source)
Lillian Elias, arrivée à l’école à 8 ans, a résisté à la perte de sa langue et est devenue une figure de la revitalisation culturelle (source).
Eugene Arcand, survivant de la Saskatchewan mais actif en Alberta, insiste sur l’importance du sport et de la culture comme outils de guérison (source).
Un message universel
Le slogan Every Child Matters dépasse le cadre historique. C’est un appel à :
La mémoire et la vérité : ne jamais oublier les enfants disparus et écouter les survivants.
La réconciliation : reconnaître les erreurs, engager un dialogue sincère, bâtir une relation respectueuse.
La dignité et la justice : affirmer que chaque enfant, aujourd’hui comme demain, a droit au respect, à la sécurité, à sa culture et à l’amour.
Que fait-on aujourd’hui, en Alberta et ailleurs ?
Depuis plusieurs années, des efforts sont faits pour réparer — même partiellement — ce passé douloureux.
La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est devenue un jour férié fédéral, observé chaque 30 septembre.
Certaines provinces, comme la Colombie-Britannique et l’Île-du-Prince-Édouard (PEI), ont également reconnu cette journée comme fériée à l’échelle provinciale.
Dans les autres provinces et territoires, même si le 30 septembre n’est pas officiellement férié, la journée est largement reconnue et honorée à travers tout le Canada.
Les grandes entreprises privées marquent le coup : elles organisent des moments de réflexion, invitent des intervenants autochtones (Aînés, survivants, activistes) et encouragent leurs employés à apprendre et à réfléchir sur cette histoire.
Dans les écoles, des activités de sensibilisation sont mises en place : discussions, lectures, cercles de danse et de parole pour symboliser la réconciliation et l’écoute mutuelle.
En Alberta, plusieurs initiatives locales de mémoire existent : plaques commémoratives, cérémonies de guérison, enseignement de l’histoire des pensionnats dans les écoles publiques.
La transformation du pensionnat Blue Quills en établissement d’enseignement postsecondaire autochtone, aujourd’hui University nuhelot’įne thaiyots’į nistameyimâkanak Blue Quills, symbolise la reprise du pouvoir éducatif par les Premières Nations.
Comment chacun peut agir au quotidien
S’informer : consulter des ressources créées par des personnes Autochtones (livres, films, podcasts, expositions).
Reconnaître les terres : savoir sur quel territoire autochtone on vit et le nommer lors d’événements.
Déconstruire ses préjugés : identifier ses biais, s’engager à apprendre et à respecter.
Participer : assister à des Pow-wow, cérémonies, marchés artisanaux et événements culturels autochtones.
Soutenir : acheter des pièces artisanales autochtones authentiques, assurant une juste rémunération aux créateurs.
Être un allié : amplifier les voix autochtones, relayer leurs messages, défendre leurs droits.
Commémorer : porter du orange le 30 septembre, mais aussi transformer ce symbole en action concrète toute l’année.
En conclusion
Sobre dans ses mots mais puissant dans sa portée, Every Child Matters est un rappel que la valeur de chaque vie ne doit jamais être ignorée. En Alberta comme ailleurs, derrière chaque chandail orange se cache une histoire douloureuse, mais aussi une volonté d’espoir, de guérison et de réconciliation.
Se souvenir, c’est déjà commencer à guérir. Agir, c’est participer à bâtir un avenir meilleur.