De Kamloops à Whistler par Lillooet : la route qui devait durer quatre heures

De Kamloops à Whistler par Lillooet, changement de décor : canyons arides, paysages presque lunaires puis montagnes et forêts. Une route spectaculaire qui rappelle qu’ici, le trajet fait pleinement partie du voyage.

Dans l’épisode précédent de notre road trip vers l’Ouest, nous quittions Jasper pour entrer en Colombie-Britannique par le mont Robson avant de rejoindre Kamloops. Pour cette nouvelle étape, direction Lillooet puis Whistler.

Notre GPS nous annonce environ quatre heures de route.

Quatre heures. Nous en reparlerons vous avais je dit. 😅

Car cette étape va nous offrir certains des paysages les plus surprenants de notre voyage, mais aussi nous rappeler une règle importante : dans l’Ouest canadien, le temps indiqué par le GPS et le temps qu’il faut réellement consacrer à une route sont parfois deux choses très différentes.

Un Canada auquel on ne s’attend pas forcément

Nous quittons Kamloops et les paysages secs découverts la veille se poursuivent. Et plus nous avançons, plus ils deviennent spectaculaires.

Canyons, poussière, végétation basse, reliefs déclinant toutes les nuances de brun et d’ocre… Par endroits, le décor paraît presque martien.

Dans l’imaginaire européen, ce sont probablement des paysages que l’on associerait plus volontiers à certains secteurs de l’Arizona ou du Colorado qu’au Canada. Et pourtant, nous sommes bien en Colombie-Britannique.

C’est une beauté brute, sauvage, parfois presque austère, qui permet surtout de mesurer une nouvelle fois la diversité de cette immense province. Dans ce territoire apparemment hostile, un élément devient particulièrement visible : l’eau.

La rivière agit comme un véritable cordon de vie. Les petites localités apparaissent le long de son cours, installées là où l’eau a rendu la présence humaine possible.

Et tout autour : l’immensité, le vide.

Une route qui fait partie du spectacle

La route aussi devient progressivement spectaculaire. Elle épouse les reliefs, forme des lacets, longe les canyons, monte et redescend. À certains endroits, lorsqu’on regarde le paysage, on se demande presque comment quelqu’un a pu décider qu’il fallait réussir à faire passer une route ici. C’est peut-être ce qui m’a le plus frappée : la puissance de la nature d’un côté et l’obstination humaine de l’autre.

Face à ces montagnes, ces canyons et ces kilomètres de territoire presque inhabité, l’humain paraît minuscule. Et pourtant, il a réussi à tracer un passage. Des points de vue aménagés permettent heureusement de s’arrêter en sécurité à plusieurs endroits. Profitez-en : certains panoramas sur la rivière et les canyons sont magnifiques et permettent aussi de mieux observer la façon dont l’eau et le relief ont façonné le territoire.

Je ne suis personnellement pas une grande amatrice du vide et de l’altitude — autant être honnête ! — et certaines portions m’ont donc paru éprouvantes. Mais même avec cette sensibilité, impossible de ne pas reconnaître à quel point le paysage est impressionnant.

📸 Mais… où sont les photos ?

Il n’y en a quasiment pas. 😅 Moi que ma famille surnomme « Tintin reporter » parce que je photographie absolument tout pour le blog, j’ai passé une bonne partie du trajet côté passager… penchée vers le conducteur pour ne pas regarder le vide. Voilà. Je pense que ça vous donne une assez bonne idée de mon état. 😂

Quatre heures sur Google ? Pas vraiment

C’est probablement le conseil principal de cette étape : ne construisez pas votre journée autour du temps annoncé par votre GPS. La route est sinueuse, avec de fortes montées et descentes, et les possibilités de dépassement sont parfois limitées. On peut donc passer un bon moment derrière un poids lourd, un autocar, un camping-car ou une caravane sans pouvoir le dépasser en sécurité. Les caravanes/mobiles homes sont très courants au Canada et peuvent également être loués par des voyageurs qui ne sont pas nécessairement habitués à conduire un véhicule de ce gabarit. Ajoutez à cela les pentes et les virages : les vitesses peuvent considérablement diminuer.

Après Lillooet, nous nous sommes ainsi retrouvés derrière un car touristique qui progressait autour de 40 km/h dans la montagne.

Impossible de passer. Nous avons donc adapté la vitesse, jusqu’à ce quil soit possible de doubler.

Whistler n’allait pas partir.

Si vous devez récupérer les clés d’un hébergement ou arriver à une heure précise, prévoyez une vraie marge. Quatre heures de conduite théorique peuvent facilement devenir cinq ou six heures consacrées à cette étape avec déjeuner, pauses et conditions rencontrées. Nous ne nous sommes pas pris pour Fangio pour essayer de « récupérer » un éventuel retard. Et nous sommes arrivés quand nous sommes arrivés.

🚗 Pour profiter de la route sereinement

Prenez votre temps, soyez patient et partez reposé. Évitez de vous lancer sur cette route si vous êtes fatigué ou après avoir bu et, personnellement, je privilégierais clairement un trajet de jour.

Si vous êtes sensible au mal des transports ou au vide, regardez autant que possible la route devant vous plutôt que le ravin, évitez lecture et téléphone et anticipez si nécessaire auprès de votre pharmacien, pour le mal des transports.

Avalanche, chutes de pierres : la montagne continue de vivre

Sur certaines portions, la signalisation rappelle que l’on traverse également des zones d’avalanche ou de chutes de pierres. Ces panneaux interdisent l’arrêt, on ne se gare évidemment pas pour prendre une jolie photo : on poursuit simplement sa route prudemment jusqu’à la sortie de la zone. On aperçoit d’ailleurs parfois des morceaux de roche tombés au bord de la chaussée. Pas besoin d’être géologue pour comprendre le message : la montagne continue de vivre et de bouger autour de nous. Encore une fois, ces panneaux ne sont pas là pour rendre le voyage anxiogène. Ils font simplement partie de la lecture de la route dans un environnement où la nature impose encore largement ses règles.

Après Lillooet : pause déjeuner et toilettes sèches

Après Lillooet, des espaces aménagés permettent de s’arrêter pour manger, avec tables de pique-nique et toilettes sèches. Ah, les toilettes sèches canadiennes. 😭 Nous en avons rencontré beaucoup pendant ce voyage et, globalement, elles étaient entretenues et équipées de papier. Mais certaines sont incontestablement plus… rustiques que d’autres.

Celles-ci ont probablement remporté notre palme des moins glam et des plus acrobatiques du voyage. 😂 Gardez simplement votre petit gel hydroalcoolique dans la voiture : il n’y a évidemment pas d’eau courante dans les toilettes sèches pour se laver les mains.

Et lorsque vous vous installez pour déjeuner, regardez aussi les panneaux. You are in bear country. Une aire de pique-nique aménagée reste une petite installation humaine au milieu du territoire des animaux sauvages.

Si vous avez prévu un bear spray pour votre voyage, c’est précisément lorsque vous sortez de la voiture dans les secteurs où son port est recommandé qu’il doit être accessible, plutôt que laissé dans le véhicule. Familiarisez-vous avec son fonctionnement avant d’en avoir éventuellement besoin. Et évidemment, après le pique-nique : nourriture et déchets repartent avec vous ou dans les poubelles prévues à cet effet.

Highway 99 : mais jusqu’où allons-nous monter ?

Après Lillooet, nous prenons la Highway 99 vers Whistler. Et ça monte. Puis ça monte encore. À un moment, une pensée finit presque inévitablement par arriver : Mais jusqu’où allons-nous monter comme ça ?

La route s’accroche à la montagne. Les virages se succèdent et, par endroits, le paysage donne une incroyable sensation de hauteur. D’un côté, le vide. Face à nous, d’immenses montagnes couvertes de forêt ressemblent presque à des murs verts. C’est vertigineux, mais également magnifique. Puis progressivement, le mouvement s’inverse. Nous redescendons.

Et après les kilomètres de brun, d’ocre, de roche et de végétation basse, le vert revient. Les forêts deviennent plus denses. La végétation plus généreuse. Les fleurs réapparaissent. Le paysage change une nouvelle fois complètement de visage et nous comprenons que Whistler approche. Et dans la rivière on voit des installations d’arbres qui font penser à des barrages de castors.

Lorsque nous regardons finalement l’heure… Non. Nous n’avons pas mis quatre heures. 😅

La route impose son rythme

Google avait dit quatre heures.

Nous avions désormais compris qu’ici, c’est la route qui décide.

Alors nous avons pris notre temps et sommes arrivés à Whistler en milieu d’après midi. 😅Dans le prochain épisode, nous posons nos valises dans la très réputée station de Whistler!

Et après toutes ces heures passées en bear country, nous allons découvrir que les ours ne vivent pas uniquement au fin fond des montagnes… 🐻

De Jasper à Kamloops : à la découverte de l’immensité de la Colombie-Britannique

De Jasper à Kamloops, notre road trip entre en Colombie-Britannique par le spectaculaire mont Robson. Forêts luxuriantes, longues routes isolées puis paysages de plus en plus arides : un bel exemple de la diversité de l’Ouest canadien.

Après les glaciers, les lacs et les cascades de Jasper, notre road trip vers l’ouest continue. Cette fois, nous quittons l’Alberta pour entrer en Colombie-Britannique, destination Kamloops.

Sur le papier, cette deuxième étape est plus une journée de transition. Elle concentre moins de sites touristiques célèbres que Jasper, et Kamloops est davantage une ville-étape qu’une destination touristique en soi.

En revanche la route menant à Kamloops mérite qu’on la regarde. Parce qu’elle donne un premier aperçu assez parlant de l’immensité et de la diversité des paysages de la Colombie-Britannique.

Quelques kilomètres et nous voilà déjà en Colombie-Britannique (BC)

Depuis Jasper, il ne faut finalement pas rouler très longtemps avant de quitter l’Alberta.

Bienvenue en Colombie-Britannique ! Et premier petit avantage de ce passage vers l’ouest : nous changeons de fuseau horaire et gagnons une heure. Une heure de plus dans une journée de road trip, on ne va certainement pas la refuser.

Mais pour comprendre ce qui nous attend, il faut peut-être commencer par un chiffre : la Colombie-Britannique s’étend sur près de 945 000 km². Pour donner un ordre de grandeur: c’est environ 1,7 fois la superficie de la France métropolitaine. Donc, dire « nous partons en Colombie-Britannique » ne signifie pas grand-chose quant aux paysages que l’on va rencontrer. Et nous allons en avoir une belle démonstration.

Le mont Robson ouvre les portes de la BC !

Peu après avoir franchi la frontière provinciale, impossible de manquer l’une des attractions majeures du secteur : le mont Robson. Culminant à 3 954 mètres, c’est le plus haut sommet des Rocheuses canadiennes.

Et pour une entrée en Colombie-Britannique, le décor est plutôt réussi.

Montagnes, sommets perdues dans les nuages, forêts, végétation dense : tout est vert et semble immense. À partir de là, si vous aimez les arbres, rassurez-vous : vous allez en voir. Beaucoup. 😅

La route se poursuit au milieu de paysages boisés qui semblent parfois ne jamais devoir finir. Quelques localités apparaissent de temps en temps, mais elles sont tellement petites qu’elles ressemblent davantage à des lieux-dits. C’est beau. Et c’est très, très peu peuplé.

Avola : déjeuner au milieu de nulle part

Et puis il faut bien manger. Nous nous sommes arrêtés à Avola, dans une station-service au bord de la route.

Avola, comment vous dire ? Ce n’est pas exactement l’endroit où vous allez hésiter entre douze restaurants recommandés par le Michelin. 😅 Quelques bâtiments, une station-service, la route, la forêt autour de nous… et voilà. C’est avant tout un lieu de passage pour les routiers. Nous avons mangé là. A l’arrière du Truck, et encore une fois merci la glacière!

🧊 ASTUCE ROAD TRIP — LA GLACIÈRE

Achetez 2 ou 3 sacs de glaçons ou de crushed ice au supermarché et placez-les tels quels, sans les percer, dans votre glacière avec boissons, sandwichs, salades et fruits frais. Quand la glace fond, videz l’eau et rechargez au prochain grocery store. Simple, économique et très pratique !

Et quelque part, c’est aussi ça, le road trip. Cela participe aussi aux souvenirs et aux anecdotes.

Comme pour notre première étape, mieux vaut donc anticiper : carburant, eau, nourriture, téléphone chargé et cartes disponibles hors connexion. Les services sont espacés et la couverture mobile n’est pas garantie.

Des forêts magnifiques… et la réalité des incendies

Cette traversée nous confronte également à une autre réalité de l’Ouest canadien : les feux de forêt. Nous venons de quitter Jasper, où les stigmates de l’incendie de 2024 sont encore visibles. En Colombie-Britannique, la question est d’actualité. Sur certaines portions, la fumée commence à affecter la visibilité du paysage lui-même.

Lorsque l’on vit dans l’Ouest canadien, on entend régulièrement parler de wildfires, de qualité de l’air et de fumées pouvant voyager sur de très grandes distances. Sur la route cette « information » devient beaucoup plus concrète.

Ces paysages sont magnifiques, mais ils sont aussi vulnérables. Et les conditions peuvent évoluer : en période de feux, vérifier la situation avant de prendre la route fait partie des précautions élémentaires.

Et soudain… Kamloops

Pendant une bonne partie du trajet, notre vision de la Colombie-Britannique est donc faite de montagnes et de forêts à perte de vue. Conforme à l’idée que nous en avions gardé, après notre premier voyage il y a des années. Et puis nous approchons de Kamloops.

Et là… Mais où sont passés les arbres ? Le changement est assez drastique. Les paysages verdoyants traversés pendant des heures laissent place à un environnement beaucoup plus sec. Les collines prennent des teintes jaunes et brunes, la végétation devient plus basse et clairsemée.

Ca aussi c’est la Colombie-Britannique. C’est ce contraste qui nous a frappés : en quelques heures de route, sans changer de province, nous avons l’impression d’être arrivés dans une région complètement différente. Et on comprend un peu mieux ce que représentent ces fameux 945 000 km².

Kamloops : une très bonne étape

Après les longues portions isolées de la journée, Kamloops c’est la ville. On y retrouve hôtels, restaurants, commerces, stations-service et tout ce qui permet de souffler — et surtout de se poser avant de repartir.

Kamloops possède évidemment ses propres activités — et même un aéroport, donc rendons à Kamloops ce qui appartient à Kamloops 😅 — mais nous n’en ferions pas une destination de plusieurs jours dans le cadre de ce road trip. Nous avons néanmoins beaucoup apprécié le secteur aménagé au bord de la rivière.

Le parc longeant l’eau est agréable et bien entretenu, avec des espaces permettant de se promener et de profiter des berges. Une zone de baignade permet même de se mettre à l’eau. Pendant l’été, le secteur s’anime également avec des activités et événements en soirée.

Après plusieurs heures de voiture, c’est exactement le genre d’endroit où l’on apprécie de pouvoir marcher un peu et retrouver de l’animation.

Et surtout : profitez de Kamloops pour tout ce qui est Carburant, boissons, nourriture, éventuellement quelques médicaments ou produits oubliés…

Pour la suite de notre trajet, nous allons être très contents de l’avoir fait.

Une étape qui donne l’échelle du pays

L’intérêt de cette étape est la suivante: elle donne une idée assez vertigineuse de l’échelle et de la diversité de l’Ouest canadien.

En quelques heures, les contraste est réel. Et pourtant, nous n’avons parcouru qu’une petite partie de cette immense province.

Pour l’étape suivante, direction Lillooet puis Whistler. Google nous annonce environ quatre heures de route. Quatre heures.

Nous en reparlerons. 😅