Une autre façon de découvrir Calgary: trois heures à la banque alimentaire

Trois heures de bénévolat, une organisation impressionnante et une belle leçon d’humanité. Retour sur une expérience qui m’a fait découvrir Calgary sous un angle différent.

Sur ce blog, je vous emmène régulièrement découvrir différentes facettes de la ville : ses bonnes adresses, son histoire, ses musées, ses événements ou encore ses activités familiales. Mais une ville ne se résume pas à ses attractions, à la consommation et à ce qu’on peut s’offrir ou s’acheter.

Pour vraiment comprendre un endroit, il faut comprendre les personnes qui y vivent, leurs défis, leurs réussites, et aussi les mécanismes de solidarité qui permettent à une communauté de prendre soin des plus vulnérables. C’est ce que j’ai découvert récemment en passant une matinée comme bénévole à la Calgary Food Bank (La banque alimentaire de Calgary).

Une organisation impressionnante

Avant cette expérience, j’imaginais la banque alimentaire comme beaucoup de gens : un lieu où l’on collecte des dons avant de les redistribuer aux personnes dans le besoin, sans plus.

La réalité est plus complexe. Derrière chaque distribution se cache une organisation remarquablement bien huilée. Les colis ne sont pas préparés au hasard. Ils sont adaptés à la taille des familles, à leurs besoins spécifiques et aux éventuelles restrictions alimentaires.

Au cours de mon bénévolat, j’ai aidé à la préparation des protéines. Selon les besoins, les colis pouvaient contenir du bœuf, du poulet, de la viande halal, des œufs ou encore du lait. Les familles avec de jeunes enfants reçoivent également des produits adaptés aux bébés, notamment du lait et des couches. On pense aussi aux femmes, en ajoutant aux colis des produits pour les besoins intimes, dans les colis qui le nécessitent.

J’ai également été impressionnée par le nombre de personnes nécessaires pour faire fonctionner un quart de distribution. Pour un shift d’environ trois heures, il faut près de vingt-cinq personnes, encadrés par une poignée de personnes présentes de façon régulière, souvent des retraités qui donnent généreusement de leur temps semaine après semaine. Il faut donc des personnes qui récupèrent les tickets avec les besoins de chaque foyer et sélectionne les différents (produits en conserve, huiles, légumes et fruits, céréales/petit déjeuners, pains, produits laitiers, riz….), ceux qui préparent les compléments à joindre à chaque cadi ( yaourt, laits végétaux , protéines etc), ceux qui vont ensuite concrètement emmener ces cadis aux voitures ou aux personnes qui viennent récupérer leur colis.

Cette organisation repose donc autant sur les dons alimentaires et financiers, que sur l’engagement humain.

Une réalité qui m’a surprise

Comme beaucoup de personnes, j’avais probablement une vision incomplète du profil des bénéficiaires. Je pensais spontanément aux personnes sans emploi. Pourtant, j’ai découvert une réalité beaucoup plus nuancée. Parmi les personnes aidées figurent des travailleurs, des étudiants et des parents seuls.

Des personnes qui, malgré leurs efforts, peinent à faire face à l’augmentation du coût de la vie. Cette réalité m’a particulièrement marquée.

Calgary est souvent présentée comme une ville prospère, et elle l’est sans conteste. Elle compte parmi les villes les plus dynamiques du Canada, elle compte beaucoup de millionnaires et accueille de nombreuses entreprises. Pourtant, comme partout ailleurs, la prospérité n’est pas répartie de manière uniforme. Derrière les vitrines des centres commerciaux, les tours de bureaux et les nouveaux quartiers résidentiels, certaines familles doivent faire des arbitrages difficiles pour boucler leur budget.

Cette matinée rappelle qu’une ville se compose aussi d’une multitude de réalités.

La dignité avant tout

S’il y a un mot qui résume cette expérience, pour moi, c’est sans doute celui-ci : dignité. À aucun moment je n’ai eu l’impression que l’objectif était simplement de distribuer de la nourriture. Tout est pensé pour répondre aux besoins des familles avec respect. Les colis sont adaptés aux situations de chacun. Les préférences et restrictions alimentaires sont prises en compte. Les produits sont sélectionnés avec soin.

Mais ce sont les petits détails qui m’ont le plus touchée. J’ai appris que lorsqu’il y a un anniversaire dans la famille bénéficiaire, un gâteau est ajouté au colis. Dans les cas où c’est un enfant qui fête son anniversaire un cadeau accompagne également la distribution. Ces gestes font preuve d’une délicatesse et d’une attention remarquables.

A eux seuls, ils témoignent d’une conviction profonde : les personnes qui traversent une période difficile méritent d’être aidées sans perdre leur dignité. Cette attention à l’humain m’a profondément marquée.

Trois heures qui comptent

L’une des choses qui m’a le plus surprise est sans doute la simplicité de l’engagement demandé. Mon bénévolat n’a duré qu’environ trois heures.

Trois heures seulement.

Dans une semaine chargée, cela peut sembler peu. Pourtant, lorsque l’on voit le volume de travail accompli et le nombre de familles qui bénéficieront de cette aide, on comprend rapidement que ces quelques heures ont un véritable impact. Cette expérience m’a également rappelé que le bénévolat ne nécessite pas toujours un engagement de plusieurs mois ou de plusieurs années. Ce qui peut être pourrait être un frein pour certains. Parfois, quelques heures suffisent pour contribuer concrètement à quelque chose de plus grand que soi.

Une leçon inattendue

En quittant la banque alimentaire ce jour-là, je ne suis pas repartie avec le sentiment d’avoir accompli un exploit. Je suis surtout repartie avec davantage d’humilité. Cette matinée m’a rappelé une chose essentielle : nous ne sommes pas des électrons libres évoluant chacun dans notre coin. Nous sommes reliés les uns aux autres.

Une communauté fonctionne parce que certaines personnes donnent de leur temps, de leur énergie ou de leurs ressources lorsque d’autres traversent une période difficile. Et au cours d’une vie, il peut arriver de se retrouver de l’un ou l’autre côté de cette chaîne de solidarité.

C’est sans doute la plus belle leçon que je retiendrai de cette expérience.

Calgary est une ville que j’apprends à découvrir depuis mon installation en Alberta. Cette matinée m’en a montré un visage différent. Un visage moins visible que celui des attractions touristiques ou des grandes avenues du centre-ville.

Mais un visage profondément humain.

Et finalement, c’est peut-être celui qui m’a le plus touchée.